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ANJANA APPACHANA : Mes seuls dieux (Zulma)

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Anjana Appachana : Mes seuls dieux (Zulma)

Il y a ceux qui parlent et, alors, ils parlent à côté : ils ne parviennent pas à exprimer ce qu’ils ont au fond du cœur, ou ils parlent pour remodeler les problèmes et les situations à leur convenance. Et il y a ceux qui ne parlent pas : parce que leur éducation le leur interdit, parce que les mots ne veulent pas sortir, parce qu’ils ont peur. J’écris « ils » mais, pour l’essentiel, dans Mes seuls dieux, il s’agit ici d’« elles ». Ces huit nouvelles de l’Indienne Anjana Appachana réussissent ce tour de force : aller au plus près de ce qu’on ne parvient pas à exprimer et, à partir de cela, créer toute une vie, avec une justesse psychologique saisissante, qui rend en comparaison la "littérature spectacle" bien dérisoire.

L’auteure évoque surtout la vie de femmes soumises à leur culture ou qui tentent de s’en échapper avec, souvent, le même résultat : la perte de soi-même, voire des autres. La tragédie du quotidien est omniprésente, parce que la condition des femmes en Inde relève encore de la soumission. Vouloir sortir du rôle traditionnel, c’est prendre le risque de l’exclusion, y compris – et même avant tout – de sa famille. Avec la même finesse, Anjana Appachana explore le poids insupportable des années qui passent en étant la servante de toute la famille, la perte pour une mère de sa fille partie étudier aux Etats-Unis comme on prend la fuite, ou le viol qui fait de la victime une coupable.

Anjana AppachanaMes seuls dieux n’est pourtant pas dénué d’humour, et les deux nouvelles sur le monde de l’entreprise (les deux seuls textes où l’on retrouve les mêmes personnages) sont un sommet d’hypocrisie raffinée. Les hommes en prennent pour leur grade (paresseux, réfugiés dans le prétexte de la religion, jouisseurs égoïstes…) sans que cela tourne au règlement de compte qui décrédibiliserait le propos : il n’y a pas besoin de forcer le trait, dans un pays où avoir une fille est un malheur, et Anjana Appachana ne réduit pas ses personnages masculins à des caricatures. Tout comme elle s’étend peu sur la « couleur locale »... hormis celle des saris. Elle réduit les descriptions au minimum. Même les conversations entre les protagonistes relèvent plutôt d’une voix intérieure.

Si toutes ces nouvelles ont l’Inde pour cadre et un milieu social moyen, ni vraiment pauvre ni vraiment riche, elles ont à la fois la saveur de l’ailleurs et de l’universalité : on pourrait tout à fait transposer chaque histoire dans n’importe quel pays, y compris en Occident, en remplaçant une contrainte sociale par une autre.

Avec sa narration très entraînante, sans artifice, ce livre dégage une trompeuse simplicité. En réalité, Anjana Appachana s’est débarrassée de toutes les scories stylistiques. Et, sur le fond, c’est un coup de poing dans l’estomac, d'une sensibilité rare.

Deux autres chroniques : ici et ici.

Mis à jour ( Mardi, 17 Décembre 2013 21:32 )  

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