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CAPTAIN BEEFHEART Part 4

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Shiny Beast (Bat Chain Puller) (1978)

Bat Chain Puller est l'album qui fut enregistré au printemps 75 et produit par le Captain et Zappa lui-même. Il ne vit jamais le jour. D'obscurs problèmes juridiques et autres bisbilles entre Zappa et Herb Cohen ayant interrompu le projet. John "Drumbo" French, qui y retrouve la batterie, écrit dans son livre (Beefheart : Through the eyes of magic) que les bandes sont en possession de Gail Zappa et ont été remixées par les fils de Frank. Espérons qu'un jour prochain celles-ci fassent, enfin, surface (excellente nouvelle en provenance du site Zappa.com, la parution de Bat Chain Puller est prévue pour février 2012, on en reparlera, ici, bientôt).
Il aura donc fallu patienter quatre années pour découvrir un nouvel enregistrement à paraître sous le nom de Captain Beefheart & The Magic Band. Shiny Beast est composé d'un bon nombre de titres de l'album inédit (d'où son sous-titre) et le groupe qui accompagne Van Vliet est encore renouvelé. Terminé le "tragic band". Cette fois-ci les musiciens se coulent parfaitement bien dans la musique du Captain et on retrouve ici certaines grandes heures de l'épopée. Bruce Fowler au trombone (ex Mother), deux guitaristes (Jeff Moris Tepper et Richard Redus, aussi à la basse et à l'accordéon), Eric Drew Feldman aux claviers, synthés et basse, Robert Arthur Williams à la batterie et Art Tripp qui vient donner un coup de main aux marimbas et percussions de toutes sortes.

D'indéniables réussites viennent réjouir nos oreilles comme The Floppy Boot Stomp en ouverture ou Tropical Hot Dog Night, le roboratif You Know You're A Man sur la seule première face. Un instrumental comme Ice Rose résonne comme du Frank Zappa où se déchaîne le trombone. Si on devait formuler quelques réserves sur ce disque ce serait peut-être le sous-emploi de Bruce Fowler qui apporte, quand il est mis en valeur, une réjouissante présence. On retrouve la signature de Herb Bermann pour l'impeccable Owed T'Alex, qui avait signé la plupart des titres avec Beefheart pour Safe As Milk. Une peinture du leader orne la pochette avec un dessin au verso et sur la pochette intérieure. Au verso de l'édition américaine de Lick My Decals Off, Baby comme au verso de Spotlight Kid on trouvait déjà quelques peintures de lui. Amorce d'un avenir où celle-ci constituera l'activité exclusive de celui qui désormais ne signera plus que de son "vrai" nom, Don Van Vliet. En attendant, Shiny Beast est l'album du retour et son exploration est vivement recommandée. Visez un peu Candle Mambo et ses rythmes swinguant avec le trombone qui trace, en parallèle de la voix, son sillon.

 

 

Doc At The Radar Station (1980)

Enregistré en juin 80 à Los Angeles avec la même formation. On assiste néanmoins au retour de John French, mais aux guitares, à la basse et à la batterie sur deux morceaux. La pochette est une nouvelle fois due à Van Vliet lui-même. C'est sans doute le disque qui est le plus proche de la période Straight Records. Les titres ont parfois été conçus à partir de lignes de basse, de riff de guitares et de plans rythmiques de provenances différentes et assemblés au prix d'efforts et d'astuces inimaginables. Sur Hot Head pas moins de trois guitares sont présentes avec, de plus, un usage du mellotron qui rompt avec les flâneries progressives. Sur Ashtray Heart, qui au départ était prévu sans batterie, on assiste, à la demande du Captain, au retour de John French qui reprend son kit, ajouté en overdub. Bruce Fowler est assez peu présent sur l'album, mais sur Run Paint Run, Run son trombone se joint aux guitares et aux chœurs (assez rares chez Beefheart pour le signaler) pour une sorte de mur du son impénétrable. Dirty Blue Gene date des sessions de Spotlight Kid, ici présenté dans une version concassée et brisée de heurts rythmiques incessants. Sue Egypt présente la particularité de n'être joué que par la guitare de Jeff Moris Tepper, un synthétiseur mené par Eric Drew Feldman ainsi que le mellotron. Le chant de Beefheart, toujours à la limite du cri, de l'abandon orgasmique ou de l'étranglement, poursuivra ses éructations sur Brickbats. Les lyrics de Best Batch Yet remontent à l'époque de Trout Mask Replica et la musique aux sessions de Spotlight. Et ce, sans qu'on n’ait jamais l'impression d'un recyclage du passé. Et puis, enfin, un titre comme Making Love To A Vampire With A Monkey On My Knee ne peut qu'être une excellente conclusion à un tel album, iconoclaste, exigeant, fourmillant d'idées et qui ne se dévoile qu'à la suite d'innombrables écoutes. L'aventure touche à sa fin, mais ce disque demeure parmi les plus intéressants sortis en ce début des 80's.

Ice Cream For Crow (1982)

Dernier ouvrage avant le silence que Don Van Vliet s'était imposé depuis 29 ans. Dorénavant il se consacrera à la peinture. Peinture qui, une nouvelle fois, orne le recto et le verso de la pochette, avec cette photo noir et blanc où on peut regarder l'artiste, dans son cher désert Mojave, qui semble saluer une dernière fois son public. Changement de personnel aussi. Jeff Moris Tepper toujours aux guitares, secondé par Gary Lucas à la slide et à la National Steel, déjà présent sur deux titres du LP précédent. Exit John French, remplacé par Cliff R. Martinez. Richard Midnight Hatsize Snyder est à la basse, percussions et violon. Quant à Eric Drew Feldman, il tient le Fender Rhodes ainsi que la basse jouée au synthé sur The Thousand And Tenth Day Of The Human Totem Pole. La présence de ce dernier ici s'explique par le fait que ce titre fut enregistré pour l'album précédent. On a juste effacé la guitare de John French et le trombone de Fowler. Cet album représente-t-il un chant du cygne ? Sous quelques aspects, peut-être ! Même si John Peel a toujours affirmé qu'il s'agissait d'un des meilleurs albums du Captain, il souffre d'un manque d'unité de ton. L'inspiration est moindre, la musique parfois concède quelques facilités, et il faut bien le reconnaître, beaucoup d'éléments du passé refont ici surface. Quelques textes remontent à la période Trout Mask, certaines musiques empruntent beaucoup à d'autres, conçus au début des années 70 ou pendant les sessions de Spotlight (comme pour l'instrumental Semi-Multicoloured Caucasian). La chanson éponyme, compte tenu du tempo imposé par Cliff Martinez, s'apparente à une sorte de pulsation proto-disco assez surprenante. Beefheart, comme plusieurs fois tout au long de ce disque, profère ses textes plus qu'il ne les chante. Habitué des jeux de mots, allitérations, rimes sauvages (Ink Mathematics) et double sens, le leader s'en donne à cœur joie - Ice Cream For Crow ou I Scream For Crow ? Evening Bell laisse seul Gary Lucas s'exprimer avec sa guitare pour une courte pièce où la technique, effarante et prodigieuse,  l'emporte trop sur l'émotion. D'incontestables réussites, comme Hey Garland, I Dig Your Tweed Coat, ramène le groupe aux grandes heures du Magic Band, où le groupe entier élabore une carte postale sonore pour un texte éminemment surréaliste. The Past Sure Is Tense se caractérise par ces guitares vibrionnaires qui caracolent tout au long du morceau. Ainsi va cette dernière livraison qui oscille entre récapitulation du passé et dernière étape d'une aventure qui se clôt là. Dorénavant, il ne reste plus aux explorateurs de l'œuvre de Don Van Vliet que de parcourir le chemin de celle-ci en tous sens, pour continuer à y découvrir ce que celui-ci n'aura pas manqué d'y semer, et que nos écoutes inattentives auront laissé dispersé.

Part 1

Part 2

Part 3

Part 5

Captain Beefheart Radar Station

Mis à jour ( Mardi, 06 Mars 2012 21:58 )  

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