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CONTE DE PORTNAWEL : Elvis Poitou and His Baudet Band

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Vous connaissiez certes le Poitou. Ha, le Poitou! Ses plages (de là l'expression "charmante Poitou") :


Mais aussi ses paysages :

Et ses élus :


Et pourtant vous ignorez la plus émouvante histoire de cette belle contrée, si proche et que l'on aimerait si lointaine. Chers lecteurs, voici l'un de ces merveilleux contes de fin d'année qui font que l'on est si impatient de passer à la suivante. Pour la première fois sur Poin-Poin, la véritable histoire d'Elvis Poitou and his Baudet Band ! (c'est lui, en dessous, on applaudit bien fort)

 

Je ne sais pas si vous vous rendez compte, mais ce type à joué au Madison Square Garden à guichets fermés trois soirs de suite. A guichets fermés, oui messieurs-dames !

Il faut que je vous narre cette histoire, car c'est vraiment une histoire de Noël, ce jour béni où les petits saumons écoutent leur papa au coin du ruisseau quand il leur raconte que dans la vie, pour nager longtemps, faut pas se faire fumer.


Enfin bref, notre histoire commence dans un quartier pauvre de Clapiourainde-Et-Sèyé (je crois que c'est dans la Haut-Poitou, pour être exact). C'est la veille de Noël, il neige, il fait froid, le petit Elvis tremble au coin de l'âtre (car le feu est éteint et il n'y a pas de bûche pour le rallumer, c'est vraiment une famille très pauvre, pour vous dire, ils ont eu du saumon en entrée, en plat et en dessert). Elvis grelotte et, avec ses dents qui claquent, il essaie d'improviser un chant de Nawel (comme dans Nawel Leroy, mais en moins célèbre). Ses nombreux frères et soeurs (au moins une vingtaine) écoutent laïquement (car en plus ces gens-là n'ont pas de religion) la mélopée hésitante qui sourd (ce qui explique qu'ils aient du mal à entendre) d'entre les lèvres d'Elvis.

De la maison voisine (à environ une quinzaine de kilomètres car, je ne vous l'ai pas dit, mais la maison de la famille d'Elvis est une cabane très isolée dans la forêt, d'où l'on déduit qu'en plus d'être pauvres ses parents sont cons, comme tout pauvre qui se respecte, car ils pourraient avoir autant de bois qu'il voudraient pour mettre dans la cheminée au lieu d'en acheter; cela ne résoudrait certes pas le problème des allumettes car ils n'en disposent pas non plus et ils ne sont pas suédois, mais c'est une question que nous aborderont lors d'un prochain Noël si vous le voulez bien).

Reprenons. Or donc, de la maison voisine monte une musique salut-les-syncopés, qui fait yé-yé, d'une bêtise tellement joyeuse qu'on en croirait que les riches sont aussi cons que les pauvres (oui, car la maison voisine est celle d'une riche famille très méprisante qui exploite notamment le papa d'Elvis comme bûcheron à la journée et sa maman comme cuisinière qui n'a même pas le droit de ramener les arêtes de saumon, ha ! les salauds de riches, mais s'ils n'étaient pas salauds, comment voulez-vous qu'ils devinsent riches ?)

Cette musique saint-Copé priez pour nous que Sarko se plante en 2012 couvrait peu à peu les claquements de dents d'Elvis, ce qui était en partie dû au fait que les dents de ce dernier se déchaussaient (d'où le fait aussi qu'il avait une haleine pas terrible, parce que les dents pieds nus, c'est une infection) et Elvis voyait s'envoler dans les yeux de ses nombreux frères et soeurs (au moins une soixantaine, je ne sais pas si je vous l'ai déjà dit) le début d'admiration qu'ils lui témoignaient (tandis que leurs parents étaient déjà couchés et ronflaient sous l'effet de leur éthylisme forestier). Que c'était dur, pour le pauvre Elvis, tandis qu'il remontait le paillasson qui lui servait d'unique couverture sur son menton, de voir ainsi la puissance des riches indifférents lui ôter le peu d'attention et de joie que ce Nawel lui procurait. Les riches ne respectaient donc rien !

"Ha ! ils verront, ils verront, un jour, moi, je chanterai des dents au Madison Square Garden, et les riches paieront pour m'entendre jouer, j'aurais ma revenge et je mangerai du steak frites à Noël au lieu du saumon", rêvait Elvis en son fort intérieur (par ailleurs édifice délabré du XIIe siècle).

Je vous passe les détails de son adolescence solitaire, de sa décision héroïque de s'embarquer comme sex-slave sur un bateau autrichien à destination du Guatemala, de sa remontée vers la frontière américaine à dos de varan sauvage et de son arrivée anonyme et transie mais rayonnante à New York, la véritable capitale du monde (si l'on excepte Nogent-le-Rotrou et son élevage de baudets Quadricataclopis cesarus).

Le ventre vide et criant famine, il se dirigea vers le Madison Square Garden et s'effondra presque d'émotion autant que d'inanition quand lui apparurent la majesté du bâtiment et le prix du hamburger au snack du coin, car il n'avait en poche, en tout et pour tout, que trois pesos, qu'il avait oublié de changer à la frontière. Mais au fond de lui, tout au fond, à peu près aussi profond que la faim qui lui laminait l'estomac et diminuait ses forces en proportion de l'inverse du carré de la vitesse du gigot de sept heures lancé à toute allure sur la desserte à roulettes du salon, oui (je dis "oui" pour mettre une sorte de poncutation qui vous permettra de reprendre votre souffle dans ce délire de suspense que seul Pierre Bellemare pourrait égaler dans sa narration du destin tragique du comte de Cholet tentant de dérober le coeur de Jeanne d'Artois -à ne pas confondre avec Jean Arthuis- encore adolescente en dépit de la malédiction des Sept petits mercenaires engagés par le tailleur du duc de Guize, lequel était en réalité bien là, et non tailleur), oui, disais-je, en dépit de la longueur de cette phrase, Elvis n'abandonnait pas son rêve, qui était, rappelons-le, de chanter au Madison Square Garden et de faire raquer les riches.

Or quelques années plus tard, magie !, le voici sur la scène de ce même Madison Square Garden (que nous appellerons désormais MSG, à ne pas confondre avec un groupe de hard qui, lui, n'a jamais joué et ne jouera jamais à guichets fermés au Madison Square Graden, ou plutôt, veux-je dire, au MSG). Oui, lui, seul en scène, Elvis, lui qui pleurait dans un paillasson humide un soir de Nawel sur l'injustice de la pauvreté cruelle (et vice-versa). A guichets fermés ! Trois soirs de suite ! Par quel prodige ? Pour le savoir, je vous conseille d'aller au paragraphe suivant.

He bien, pour faire court, car l'ambition de la concision est aussi ce qui caractérise ce récit palpitant depuis le début, Elvis s'effondra devant les portes du MSG. Il fut largement piétinné par la foule indifférente, jusqu'à ce que le portier du MSG ourit une porte, puisque tel était son travail, et avisa le corps qui gisait sur le bitûme. "Hum, voilà un pauvre très pauvre et très inanimé, se dit le portier, qui était un homme cruel, presque aussi cruel que s'il était riche, d'ailleurs, aux riches, il leur servait la soupe en plus de leur ouvrir la porte. Un pauvre aussi pauvre ne refusera pas un travail très ingrat et très mal payé. Voire un travail très ingrat et pas payé du tout. Ha ha ha, je suis diabolique."

Le portier balança un bon coup de latte en plein dans le ventre d'Elvis, qui hoqueta dans son sommeil : "Mmmmm, on a sonné ?"

Le portier s'apprêtait à lui doubler la mise dans les joyeuses, quand il s'aperçut qu'un son étrange provenait de la bouche d'Elvis. "Dante ! [oui, cet homme était tellement inculte qu'il disait "Dante !" au lieu de "diantre !"] Mais il claque des dents en rythme. Quel phénomène étrange... Si quelqu'un s'en aperçoit, ils sont foutus d'en faire une star et de le balancer en vedette au MSG à guichets fermés." Sur quoi le portier lui asséna un double tarakawasalvatore-adamo style dans les gencives. Elvis se réveilla en sursaut. "Ha oui, là, c'est sûr, on a sonné." Il ouvrit un oeil. Il n'y avait pas de porte. Et pourtant on avait sonné! Quel était ce prodige ?

C'est alors qu'Elvis sentit ses dents se décrocher une à une. D'enterses lèvres, d'un coup, ne sortait plus le claquement rythmé qui allait faire sa gloire mais un sifflement filandreux et dénué de tout intérêt artistique. Amer était le goût de la déception et du sang dans sa bouche. Il se redressa sur un coude. Le portier massif se tenait les poings sur les hanches, et au-dessus de lui les nuages passaient dans le ciel, entre les falaises du MSG et une usine de conditionnement de saucisses bavaroises. Mais derrière le portier, ce qu'Elvis remarqua immédiatement, ce fut la porte. Il n'était donc pas fou ! On avait bien sonné !

"Alors comme ça, tu crois que tu peux pioncer gratuitement devant le MSG comme si que t'étais Rockfeller, siflla le portier entre ses dents, car il les avait toutes, lui. Tu connais le montent de l'amende ?
- Mais je suis pauvre, je n'ai pas fait de mal, je n'ai pas de quoi payer, en outre je dois jouer à guichets fermés au MSG au moins trois soirs de suite pour justifier toute cette histoire." Et sur ce, il cracha deux molaires et une incisive sur le trottoir.
"Pas de quoi payer ? Alors je ne vois qu'une solution ha ha ha ha, ricana la portier.
- Et quelle est-elle ?, s'enquit Elvis en éjectant une canine, qui rebondit sur le bitume en jouant un Impromptu de Schubert.
- Tu devras travailler au MSG jusqu'à apurement de ta dette, ha ha ha ha."

Et c'est ainsi qu'Elvis entra au MSG. Comme balayeur, certes, mais il y entrait. Et c'est ainsi assi que, jour après jour, il balaya, nettoya, frotta, contre un quignon de pain que lui jetait le portier, lequel se sentait presque riche de pouvoir se comporter comme un salaud de riche, car la nature humaine est ainsi faite qu'elle se réjouit du malheur des autres pour oublier sa propre détresse, sinon comment expliquez-vous toutes ces larmes sur les joues de tous les enfants du monde et ces pleurs dans les gorges de toutes les femmes et cette douleur au coeur de tous les hommes, hein, comment ?

Elvis dormait par terre dans les travées, après les spectacles, qu'il passait enfermé dans le placard à balais où le portier le cadenassait. Puis, une fois libéré, des heures durant, il balayait, nettoyait, frottait, à peu près comme au début du paragraphe précédent mais à l'imparfait au lieu du passé simple, ça permet de varier un peu le propos, parce que sinon, au fond, ça revient au même, encore que j'aurais pu écrire "il récurrait", mais on ne va pas chipoter.

Cela dura un ans, deux ans, trois, vous pouvez compter comme ça jusqu'à seize. Les cheveux d'Elvis blanchissaient déjà. Ses mains étaient caleuses. Il était toujours aussi pauvre, de plus en plus maigre, et comme ses dents n'avaient jamais été soignées, il ne pouvait pas les entrechoquer pour en tirer ces mélopées qu'il composait encore dans sa tête et qu'il interprétait sans un son pour un public imaginaire d'enfants heureux, de tendres agneaux au four et d'acortes germanopratines dotées de seins comme leur compte en banque : opulents. Cela jusqu'au jour où le portier mourut d'un décrochage du maxilaire gauche, ce qui n'est pas sans ironie considérant le début de cette histoire (certains diront que le décrochage du maxilaire gauche n'est pas mortel, mais celui-là était particulièrement sévère; de plus, on l'oublie trop souvent, le décrochage du maxilaire gauche n'est pas mortel s'il est pris en charge à temps, ce qui n'a pas été le cas ici. On ne le répétera jamais assez, il ne faut pas déconner avec ça, il y a pourtant encore eu un spot de prévention la semaine dernière avec Roselyne Bachelot qui causait dans le poste).

Elvis se crut libéré quand le remplaçant du portier, qui était donc lui-même portier, le trouva sous une rangée de strapontins, l'en délogea d'un coup de ranger dans les gencives (ce qui ne changeait pas grand-chose, puisque les dents d'Elvis relevaient déjà d'un souvenir traumatique) et l'interrogea. "Qu'est-ce tu fous ici toi, pôv' minab' ?
- Je balaye, je frotte, je nettoie, voir plus haut."
Le nouveau portier alla voir plus haut, mettons deux ou trois paragraphes, pas plus, et revint illico.
"Tu dis vrai mais c'est pas une raison pour que ça change. Désormais, c'est moi ton boss."

La vie d'Elvis prit aussitôt un tour nouveau. Enfin, aussitôt, je dis ça pour tonifier un peu la narration, parce qu'en fait ça a bien pris, allez, dix ou douze ans, peut-être même treize, et ne venez pas vous plaindre, j'aurais pu vous coller autant de paragraphes. Elvis avait pris l'habitude siffler entre ses chicots (et le premier qui dit qu'il sifflait "Mes chicots ! Mes chiiiiiiiicoooooooooots !!!!!!", Jean Rhume lui fout son poing dans la gueule).Ce que le nouveau portier, qui était, après tout ce temps, un portier en fait relativement ancien, tout bien compté, finit par remarquer.

"Tu peut pas la fermer ta gueule, putain !", lui dit-il en prenant Elvis par les cheveux et en lui écrasant la figure contre une colonne en marbre.
C'est tout à l'honneur d'Elvis d'avoir aussitôt cessé de siffler : non, il n'était pas homme à faire la sourde oreille quand le devoir le mettait face à ses responsabilités et à une matière de résistance et de dureté proches de celles du verre incassable. "Tiens, pour t'apprendre à faire le mariole, ce soir, c'est toi qui balaiera, frottera et nettoiera toute la scène, tout seul."

Et c'est ainsi, alors que rien ne le laissait prévoir en cette soirée de Nawel où Elvis claquait des dents en rythme pour ses nombreux frères et soeurs (une centaine au bas mot, il faut le préciser), les verbes "balayer", "nettoyer" et "frotter" auront été utilisés à quatre temps de l'indicatif avant la fin de cette histoire, et que Elvis lui-même se retrouva trois soirs de suite seul sur la scène du Maidons Square Garden (on arrive à la fin, je vais pas écrire MSG, je fais durer le plaisir), à guichets fermés, les hôtesses de caisse ayant quitté leur travail au moins deux heures plus tôt, avant de s'effondrer, raide mort, le quatrième soir, chauve, moitié aveugle et sans dents, et encore plus pauvre que le soir de Noël dont je crois vous avoir déjà parlé.

Merci à Thiad pour les recherches iconographiques.
Mis à jour ( Samedi, 07 Janvier 2012 23:05 )  

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