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CAPTAIN BEEFHEART Part 2

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Strictly Personal (1968)

Enregistré entre le 27 avril et le 2 mai 1968 à Hollywood. Le producteur fera paraître le disque sur le label nouvellement créé, Blue Thumb. Après Safe As Milk Ry Cooder a quitté le groupe, remplacé par Jeff Cotton. Le projet du Captain était de faire paraître un double album avec, pour compléter, des enregistrements de l'automne 67. C'est avec Mirror Man qu'on pourra entendre ces dernières, en 1971. Ce sera donc un album simple, avec une photo intérieure, qui à l'époque a dû en interloquer plus d'un. Où l'on voit les musiciens affublés de masques aux formes des plus curieuses, en acier, ou le visage caché par ce qui semble être un bas. Bref une étrangeté nouvelle dont, finalement, aujourd'hui on ne s'étonnera plus, mais qui, en ces temps lointains, a dû nourrir les esprits les plus suspicieux d'interrogations sur la santé mentale de ces curieux zozos. Bob Krasnow, le producteur, a fait ajouté au mixage des sonorités électroniques, réverb', écho etc. destinées à tremper le blues de Beefheart dans des couleurs plus modernistes (psychédéliques ?). Le groupe présente des versions nouvelles de morceaux déjà enregistrés fin 67 et on sent que le Magic Band est en pleine période de créativité, renversant tout devant eux, tant l'intensité de cette musique ne souffre pas de demi-mesures. Irrespect de tout ce qui pourrait constituer un frein à leur intention de débarrasser les routes à venir des balises bien pensantes. Il suffit d'écouter Ah Feel Like Ahcid, un blues râpeux et authentique, pour ensuite se précipiter sur Beatle Bones N' Smokin Stones. La voie est ouverte à ce qui va constituer le sommet de l'œuvre beefheartienne.


 

Trout Mask Replica (1969)

Produit par Frank Zappa - qui souhaitait que son ami puisse enfin s'exprimer en le libérant de toute servitude à l'égard du "music bizness" - et paru sur le label qu'il venait de créer, Straight Records, Trout Mask Replica est un double album à la profusion mirifique. Pas moins de 28 titres, où jazz, blues, rock y sont concassés, éclatés, dispersés et réassemblés pour donner une forme nouvelle à leur vitalité reconquise. Œuvre-chef de la musique sans frontière, musiciens et chanteurs déconstruisent les genres, désapprennent, après s'en être longtemps imprégnés, les codes dans lesquels la tradition voudrait maintenir l'expression musicale. Dada, Ornette Coleman, Howlin' Wolf, l'expressionnisme abstrait de Jackson Pollock, enfin réunis dans une intention musicale hors normes. Beaucoup de légendes, alimentées par Beefheart lui-même, planent au-dessus de la conception de ce double LP. On dit que l'ensemble fut composé par le Captain au piano en quelques heures. Celui-ci ne savait ni lire ni écrire la musique et ne jouait pas non plus de piano. Encore une fois ce fut l'instinct qui conduisait le chanteur à esquisser quelques notes ou rythmes qu'ensuite les musiciens, à partir des bandes enregistrées, devaient s'efforcer de reproduire. Gary Lucas, plus tard, donnerait cette description de la manière de travailler du "compositeur" : "Imaginez Beefheart lancer dans les airs un jeu de cartes, prenant une photographie quand elles retombent, et invitant les musiciens à reproduire l'instant ainsi figé." Les textes, d'une étrangeté toujours surprenante, malaxent les thèmes des blues traditionnels, en leur adjoignant des surréalités propres aux avant-gardes du 20° siècle. Dachau Blues évoque la Shoah, d'autres textes à l'ambigüité revendiquée évoquent le sexe (Hair Pie, première et deuxième cuisson, est le titre de deux instrumentaux) mais aussi l'amour. Difficile, parfois, de se faire une idée précise des "propos" exacts du chanteur. Moonlight On Vermont, Ella Guru, Veteran's Day Poppy, autant de morceaux mémorables participant à la gloire de cette œuvre sans concession. La pochette de Cal Schenkel (créateur de celles des Mothers Of Invention) fera date et participe du grand œuvre. Haro sur le bon goût fabulateur et prise de distance avec l'époque. Pour ce double album, Bill Harkleroad (Zoot Horn Rollo), guitare, et Mark Boston (Rockette Morton), basse, remplacent Alex St Clair et Jerry Handley. À partir de 1969 le personnel du Magic Band ne cessera de connaître des changements, départs et retours de nombreux musiciens. À propos de ce double album, on a pu parler de free rock. Il fut, à sa sortie, incompris, détesté. Relégué au musée des bizarreries, émanant d'un esprit probablement malade. Mais tous les grands disques de l'histoire du rock ne sont-ils pas des disques "malades" ?

 

Lick My Decals Off, Baby (1970)

Seconde livraison sur Straight Records, cette fois-ci produit par Captain Beefheart, Lick My Decals Off, Baby est souvent jugé comme la "suite" de Trout Mask Replica. S'il est vrai que la musique s'inscrit dans une sorte de continuité, il reste que certaines différences affleurent. D'abord le départ de Jeff Cotton (Antennae Jimmy Semens) et l'arrivée d'Art Tripp (ex Mother Of Invention) à la batterie et aux marimbas. Réduit à un seul guitariste, le son du groupe s'en trouve un peu moins dense ou touffu. Présence accentuée des percussions, les marimbas d'Art Tripp font une entrée remarquée, et plusieurs instrumentaux dont Peon, qui laisse guitare et basse converser dans un dialogue, où on jugera du démarquage constant auquel se livrent les deux musiciens à l'encontre des manières de jouer traditionnelles de ces instruments. Bien sûr on y retrouve l'humour et l'étrangeté des titres que le Captain donne à ses morceaux - The Clouds Are Full Of Wine, Flash Gordon's Ape, I Wanna Find A Woman That'll Hold My Big Toe Till I Have To Go - allusion sexuelle, allitérations, jeux de mots, double sens, toujours difficile de prêter un sens exact et assuré aux textes. Et puis le sax de Beefheart qui conduit directement à ses amours free. Les presque cinq minutes de Flash Gordon's Ape sont un véritable cataclysme, une tornade sonique. Et puis toujours, tout au long de l'album, la voix qui s'amuse à monter ou descendre les octaves. Rugissements, grognements, blues rauques et cris orgasmiques. Vous êtes avertis !

 

Mirror Man (1971)

L'excès dans la fureur. Mais excessif comme devrait l'être toute véritable création. Trois des quatre titres ont été enregistrés live en studio en octobre et novembre 1967 et non en 1965 comme l'indiquait la pochette lors de la sortie du disque. Le tout devait constituer la seconde partie du double album que l'artiste escomptait bien publier avant que le projet capote et que sorte Stictly Personal. Des incursions dans le free jazz avec le Captain aux commandes de ses sax surchauffés qui crient dans les aigus. Où l'on retrouve son goût pour Ornette Coleman et Roland Kirk. On a dit qu'il ne savait pas jouer ? Mais Beefheart est un instinctif, le son l'intéresse autant que la mise en place. Et puis le beau est affaire d'habitudes et de soumission aux normes du jour. Ici, la beauté selon l'injonction d'André Breton "sera convulsive ou ne sera pas." Un des disques les plus radicaux que l'histoire de la rock music aura su engendrer. Père Ubu saura, un peu plus tard, capter l'héritage. En 1999, Mirror Man ressortira accompagné de bonus tracks qui donneront une assez bonne idée de tout ce qui fut enregistré à l'automne 67.

 

Captain Beefheart Part 1

Part 3

Part 4

Part 5

 

 

Mis à jour ( Mardi, 06 Mars 2012 21:56 )  

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