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Home Dressez vos esgourdes Rock & Pop WILCO - The Whole Love (2011)

WILCO - The Whole Love (2011)

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J'ai récemment relu une interview donnée par le guitariste Nels Cline en 2005 pour le magazine Guitar Player qui en dit long sur l'évolution de Wilco en tant que groupe. Cline, qui venait de rejoindre la formation, expliquait que les répétitions pour la tournée avaient duré six jours seulement car entrecoupées par le départ du leader pour un centre de désintoxication. À l'époque, le guitariste avait trouvé que six jours pour répéter, c'était bien peu mais le bassiste John Stirrat l'avait rassuré, lui disant que c'était bien plus que ce qui avait été fait pour les tournées précédentes du groupe ! Qui aurait pu penser à l'époque que le line-up qui se mettait en place à ce moment là subsisterait pendant plus de sept ans, que Wilco deviendrait le plus solide des groupes de scène qui soit et que, comble du comble, Jeff Tweedy serait un jour un homme heureux ?

Cette stabilisation de Wilco s'est accompagnée de disques eux-mêmes de plus en plus solides - traduction: bien produits, bien exécutés et maîtrisés - mais au fur et à mesure que le groupe devenait maître de son art et de sa forme se dissipait par la même occasion le sentiment d'insécurité et de danger qui faisait tout le sel des chefs d'oeuvre du groupe. A Ghost Is Born (2004) était un disque bancal et par moment un peu naïf dans son côté expérimental ("Less Than You Think") mais c'était aussi cela que l'on aimait chez eux. Quand sur le Wilco (The Album) de 2009, le groupe proposait une sorte de rétrospective de sa carrière tout en se plaçant historiquement comme LE grand groupe américain dans la lignée de The Band, des Eagles ou de Tom Petty et les Heartbreakers, on commençait quand même à s'ennuyer et cela, on n'hésita pas à l'écrire ici même. Le groupe semblait même avoir réalisé cet état de fait, puisque Jeff Tweedy annonçait en interview que le prochain disque s'orienterait vers les expérimentations des disques du début de la dernière décennie plutôt que vers le formalisme des dernières cuvées.

Cette volonté apparaît très clairement dès le début de The Whole Love avec l'introductif "Art of Almost", longue plage modale où se mêlent melotron, cordes fantômatiques et éléments d'électronique s'achevant par une explosion de guitare fuzz. Évidemment, on ne va pas faire la fine bouche et bouder notre plaisir. Ce morceau que seul un groupe immense comme Wilco est capable de produire est une démonstration de force, une véritable claque au derrière à laquelle aucun fan de rock des trente dernières années ne peut décemment résister. Oui mais. Oui, mais quoi ? Et bien, c'est justement ce côté "démonstration" qui gêne un peu aux entournures ici. Le final dantesque du morceau semble en effet être une sorte de pièce rapportée qui ne s'intègre pas réeellement à la chanson et semble présentée comme un prétexte à des prestations live que l'on imagine abrasives. L'expérimentation est réelle, mais elle sonne quand même un peu forcée. Après, je ne vous cacherai pas que j'ai déjà écouté ce morceau une bonne quizaine de fois ne serait-ce que pour sentir les frissons me parcourir au gré des crépitements de la Fuzz Factory de Nels Cline. Une plaisir, certes. Mais un plaisir coupable.

Mais ce qui choque le plus sur ce disque, c'est comment passée cette roborative mise en bouche le reste de l'album semble revenir à la normalité. Il y a certes la basse saturée de "I Might" qui nous montre à quel point John Stirratt est un formidable musicien - il excelle tout le long de l'album. Il y a aussi les circonvolutions pianistiques de Mikael Jorgensen - l'autre musicien qui titre le mieux son épingle du jeu sur The Whole Love - sur "Sunloathe". Pourtant, d'une manière générale, le disque se situe bien dans le prolongement de Sky Blue Sky et de The Album, même si on sent un véritable effort de production qui rappelle par bien des aspects Yankee Hotel Foxtrot. Décevant ? Oui et non. Oui, parce que ce que nous attendons de Wilco, par rapport à n'importe quel groupe indie pop, c'est un renouvellement et une prise de risque permanents, à l'instar de ce que peut proposer Radiohead. On l'attend d'autant plus que le groupe étant désormais sur son propre label, on l'imagine dégagé de la moindre obligation de constance. En ce sens, on aurait aimé un disque moins réussi formellement, avec plus de creux, mais aussi des pointes plus fulgurantes - on pense au sublime More Like The Moon Ep, sorti entre Yankee Hotel Foxtrot et A Ghost Is Born et à des perles comme le morceau-titre ou "A Magazine Called Sunset". Pourtant, il existe quelque chose de très rassurant sur The Whole Love qui le rend cent fois supérieur à son prédécesseur : c'est le fait que Wilco a complètement zappé ici son côté "feel good music", ces chansons sur lesquelles ont peut tous chanter et danser à l'unisson lors des concerts comme "You Never Know" ou "Sonny Feeling". Et surtout, il y a quelques très grandes réussites comme "Dawned On Me", "Born Alone" ou le très beau "Black Moon". Du coup, on se sent presque prêt à pardonner le groupe pour le ventre mou du disque, un bien piètre "Capitol City" qui sans être désagréable ressemble trop à un pastiche de Randy Newman pour passionner.

Puis, alors que nous nous acheminons vers la fin de l'album, arrive sa véritable pièce maîtresse, un morceau qui nous rappelle que Wilco peut vraiment s'avérer maître dans l'art de finir les disques - le couple "Poor Places" / "Reservations" sur YHF et le bouleversant "On and On" sur SBS. "One Sunday Morning" est en effet une très grande chanson, très longue aussi puisqu'elle s'étend sur 12 minutes avec un nombre de couplets tellement grand qu'on refuse de les compter. Ce qui surprend ici, c'est qu'au lieu d'expérimentation, ce que l'on entend, c'est un groupe qui construit son son petit à petit, avec des touches de clavier, de glockenspiel et la guitare africaniste de Nels Cline en fond sonore, laissant l'émotion jaillir peu à peu au lieu de nous faire le coup de l'explosion finale. À ce moment là, nous sommes au delà de tous les styles - est-ce pop, est-ce rock, est-ce folk ? - et dans un état de pleinitude que les mots peinent à décrire. Un très, très grand final, pour un disque globablement en demi-teinte :  si c'est ce que Wilco a de mieux à proposer en 2011, alors pas de problème, je suis preneur.

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Deezer

Mis à jour ( Dimanche, 09 Octobre 2011 21:02 )  

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