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Home Dressez vos esgourdes Krautrock VIRUS - Revelation / Thoughts (1971)

VIRUS - Revelation / Thoughts (1971)

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Nous avons très peu d'informations sur les origines du groupe qui nous intéresse ici. Si ce n'est qu'ils sont originaires de Bielefeld au nord-ouest de l'Allemagne. Le groupe publie un premier 45t en 1970 sur le label Papersun - Confusion / Facts of death (Papersun P 13013). Deux titres qui ne se retrouveront pas sur leur premier 33t publié par BASF en1971. Entre temps la formation, elle, n'a pas changé. Il s'agit de Bernd  Hohmann au chant et à la flûte -Werner Monka, guitare - Jörg-Dieter Krahe, orgue - Reinhold Spiegelfeld, basse et Wolfgang Rieke, batterie.

Revelation, enregistré en janvier 1971à Hambourg, est un album qui semble à la première écoute profondément influencé par les groupes anglais de l'époque qui initient un rock progressif avec des sonorités plus électroniques. On peut par exemple penser à Pink Floyd pour situer une influence possible (enfin surtout celui de A saucerful of secrets).

Cependant ce serait quelque peu réduire la musique du groupe à une pâle copie ou à un simple décalque que d'affirmer cela. En réalité il s'avère plus difficile et complexe de situer Virus. D'abord le groupe tourne ses regards vers une musique plus agressive, plus rock que le groupe anglais et c'est surtout par ses expérimentations sur le son que l'on est fondé à établir un tel rapprochement.

Virus semble plus appartenir à cette nouvelle génération de groupes qui s'efforceront de conjuguer les initiatives expérimentales, qui se font jour en cette période charnière que constitue la fin des 60's et le début des 70's, et l'énergie d'une musique rock tendance hard qui explose à ce même moment. Il y a aussi des indices assez révélateurs d'un psychédélisme que l'on ne peut pas encore taxer de tardif en cette année 71. Bref Virus fait partie de ces groupes qui s'efforcent de faire une synthèse des musiques qui leur sont contemporaines. En cela d'ailleurs ils sont aidés par Konrad "Conny" Plank qui assumera les rôles d'ingénieur du son et de producteur. Ses initiatives sonores et ses trouvailles de mixage participent également à la grande réussite de ce disque et à son originalité pour l'époque - puisque, certes, à des oreilles de 2010 cette dernière peut sembler quelque peu éventée.

Le titre éponyme qui ouvre l'album débute par quelques mesures d'Asturias d'Isaac Albeniz pour s'engager sans coup férir dans une jam où l'orgue s'offre un solo assez court en tonalité jazz pour laisser la place au guitariste qui s'aventure dans des soli simultanés très bluesy. En fait Revelation (le morceau) présente tout un panel d'influences, de références où le psychédélisme côtoie le jazz, le blues frayant avec les passages plus expérimentaux. Curieux kaléidoscope de musiques aux origines différentes malaxées dans  des sonorités très 70's avec un usage omniprésent de la réverbération. C'est aussi sur Revelation que le groupe interprète quelques mesures du Paint it black des Stones vite diluées dans une spirale rythmique fracassante.

Sur les cinq morceaux présentés sur l'album, trois dépassent les 10 minutes. Endless game fait la part belle à l'orgue et les chœurs ajoutent à celui-ci cet aspect très progressif symphonique qui fera florès à l'époque. Mais Virus a plus d'une carte dans sa manche et c'est toujours la volonté de surprendre l'auditeur qui prime. La suite s'engage dans une jam où solo d'orgue, démarquages rythmiques incessants, solo de basse (où le souci mélodique demeure présent) étirent ce jeu sans fin sur ses douze minutes. Notons que les dernières trois minutes évoquent (et cette fois-ci la comparaison serait fondée) Pink Floyd avec tapis d'orgue, guitare en pleine élévation et tempo félin. Burning candle est surtout révélateur du jeu flamboyant et carrément incendiaire de Werner Monka - heavy blues propulsé par le guitariste qui accentue la dimension sensuelle du chant par un jeu à la wah wah d'inspiration hendrixienne. Hungry loser renoue avec le propos d'Endless game. Plus de dix minutes de pérégrination jazzy, le piano marquant son territoire, pour  laisser place à une accalmie où le flutiste prépare l'engagement du guitariste dans un long solo marqué du sceau du psychédélisme avec soutien tourbillonnant de l'orgue. Final heavy hautement inflammable. Enfin c'est avec Nur noch zwei Lichtjahre que Virus délivre son côté le plus expérimental. La comparaison avec le Floyd est là pour le moins justifiée. Le Floyd de Ummagumma et de Set the control for the heart of the sun (le batteur y est très proche de Nick Mason) et Konrad Planck effectue un travail sur le son qui oriente le groupe vers une dimension plus krautrock que le reste de l'album.

Après cet enregistrement, des changements de personnel vont avoir lieu au sein du groupe. Seuls le batteur et l'organiste de la formation originale demeureront sur l'album suivant. Le groupe voit donc l'arrivée de Bernd Rösner, guitare - de Jürgen Schafer, basse et chant - de Verner Vogt au chant, guitare et basse et d'un second batteur, Axel Nieling. Cette nouvelle formation, signée sur le label Pilz - sous marque de Basf - publie, toujours en 1971, l'album Thoughs. Enregistré dans les mêmes studios de Hambourg en juillet 71, avec de nouveau "Conny" Plank comme ingénieur du son, l'album apporte la preuve de profonds changements dans l'orientation musicale. Toutes les couleurs jazzy, psychédéliques ou expérimentales sont estompées au profit d'un heavy rock que les anglais pratiquent déjà depuis quelques temps - on peut penser parfois à des formations comme Uriah Heep ou Toe Fat - pour situer ou apparenter.

Dès King heroin on se retrouve en terrain connu - celui d'un rock hard comme le pratiquent déjà énormément de groupes à l'époque. Si Uriah Heep semble être le nom qui, effectivement, vient à l'esprit spontanément, l'orgue et ses riffs appuyés évoque Jon Lord sans l'ombre d'une hésitation. Pourtant avec Mankind, where do you go to ?, le groupe semble vouloir donner des directions différentes à sa musique en imbriquant dans ses compostions des soli de guitare ou de claviers qui respectivement sont marqués du sceau du prog ou du jazz. La face 1 se poursuit ainsi dans une valse hésitation entre différents genres, le tout étant néanmoins proposé avec une telle énergie qu'aucun essoufflement chez les musiciens ne semble entacher leur générosité. La voix du chanteur, seule, ne semble pas s'élever au niveau de ses aînés anglais. Sans être déplaisante son registre est confiné dans d'étroites limites. Dans Take your thoughts (une des réussites majeures de l'album), guitariste et organiste développent des dialogues qui tirent le groupe vers une approche plus progressive de leurs compositions avec breaks acoustiques plus bluesy. Les nombreux breaks de Sittin' and smokin' avec l'orgue dominant évoque même parfois, le son surtout, le Keith Emerson rocker de ELP (voir encore le pont de Going on). De la face 2, ainsi, déboule une telle énergie que rien ne semble pouvoir ralentir le groupe - de cavalcades en chevauchées instrumentales, de mêlées orgiaques en ruptures de rythme ou recompositions mélodiques, le groupe fait montre de son extrême habileté à diversifier sa musique et ses sources d'inspiration.

Un 45t sera publié avec deux extraits du 33t - King heroin / Take your thoughts (Pilz/BASF 05 11101-0) Le groupe apparaît aussi pour deux titres instrumentaux à l'intérêt très limité sur la compilation Heavy Christmas publié toujours chez Pilz. Album constitué d'inédits de différents groupes signés sur le label dont Dies Irae et Ardo Dombec - et rien que pour ceux-ci la compilation vaut l'acquisition

Signalons aussi la participation de trois musiciens de la formation des débuts à l'enregistrement, avec Ken Hensley (Uriah Heep) de l'album paru sous le nom de Weed. Longtemps demeurés ignorés les noms des membres du groupe sont aujourd'hui connus comme étant ; Ken Hensley, chant, guitare, claviers - trois ex membres de Virus, Bernd Hohmann, chant, flûte -  Werner Monka, guitare - Reinhold Spiegelfeld, basse - et un batteur du nom de Peet Becker (ex- German Bonds).

Enregistrement dans le droit fil du groupe anglais Uriah Heep avec peut-être un son plus heavy (et parfois même plus blues-boogie) où les élans progressifs se font plus discrets et épars. Album à découvrir si ce n'est déjà fait. Suite à la parution de Thoughts le groupe poursuit ses aventures mais plus aucun enregistrement ne paraîtra, les musiciens semblant eux-mêmes s'évanouir dans les limbes des 70's. Cependant en 2004 le label Garden of Delights a publié sous le titre Remember un concert donné à Cologne en Avril 1973 composé de nombreux titres inédits. Ainsi s'achève la carrière d'un groupe qui a su jouer de toutes les influences de son temps pour proposer une musique diversifiée, maîtrisée et qui par la brièveté de son existence aura su éviter les redites ou les évolutions parfois catastrophiques d'autres formations qui leur étaient contemporaines.

 

 

 

 

 

 

Mis à jour ( Dimanche, 09 Octobre 2011 21:05 )  

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