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Home Littérature LE MECANICIEN & AUTRES CONTES - Jean Ferry (Finitude)

LE MECANICIEN & AUTRES CONTES - Jean Ferry (Finitude)

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Jean Ferry : Le mécanicien et autres contes (Finitude, 2010)

La quatrième de couverture évoque un certain Joseph K. membre d'une société tellement secrète que même ses membres ne savent s'ils en sont. La bio livre un pataphysicien spécialiste ès-Raymond Roussel et, précise la préface de Raphaël Sorin, "Régent par Susception Transéante de la chaire de doxographie et doxododie rousséliennes". Itou Dialoguiste (Quai des Orfèvres, de Clouzot). Jean Ferry, mort en 1974, pouvait difficilement trouver plus belle maison que Finitude pour jouer au revenant avec Le Mécanicien et autres contes.

Les vingt-cinq textes (ou contes, donc) ici réunis, dont quatre inédits, allient le sens de l'absurde et de l'humour à une plume pleine de poésie, d'attention au réalisme. Les histoires fantastiques de Jean Ferry donnent vraiment le sentiment de sortir de notre monde devenu fou. Ainsi dans La Grève des boueurs, quand un tas d'ordure accouche d'un clochard.

Récit d'aventure ou introspection, onirisme ou nouvelle qui part de façon classique avant de déraper irrémédiablement : Jean Ferry ne recule devant aucun moyen pour nous embobiner. On trouve même quelques notes éparses sur le sommeil, génialement intitulées Aux frontières du plâtre : "Si chacun dormait à son gré, il n'y aurait plus de crimes. Imaginons toute l'humanité se levant un matin, ayant assez dormi. Quel grabuge ! Quel système social y résisterait !"

Jean Ferry livre une observation aigüe et tragique de ses contemporains. À propos d'un numéro de cirque : "Après, ça allait très vite; un trait de lumière rose fusait de haut en bas, un éclaboussement, et Miss Florence, tout sourires et peau mouillée, jaillissait de la petite baignoire où personne n'avait cru d'abord qu'elle entrerait d'une façon aussi dramatique. Et ça battait des mains, pour se délivrer de la peur qu'on était venu chercher : voir cette douce machine appétissante et veloutée devenir en une seconde un tas aplati de viande sanglante, crevée d'os et de hurlements..."

Car derrière l'humour et l'absurde, une angoisse imprègne tous ses textes, en particulier Mon aquarium, à peine plus d'une page sur les idées suicidaires qui s'agitent dans une petite boite.

Le volume se termine sur une poignée de textes inédits, dont un extraordinaire La Maison Bourgenew, histoire d'un alpiniste dernier réchappé d'une cordée et endurant les plus terribles souffrances, qui va soudain... Ces douze pages fulgurantes vaudraient à elles seules l'achat du volume, dans lequel on retrouve le plus célèbre texte de Jean Ferry, Le Tigre mondain, porté par une poésie tragique.

Comme toujours chez Finitude, ce recueil est servi avec le souci des formes : typo fine, très confortable (et travaillée : pas une ligne trop resserrée ou écartée), imprimée avec précision (à comparer avec les pages baveuses de certains grands éditeurs parisiens) ; papier crème, lisse et épais ; lettrines et discrets ornements ajoutant au côté rétro. Ce bouquin est superbe. S'y ajoutent des collages de Claude Ballaré (coauteur d'un Emil Cioran - Aphorismes traduits en rébus, également chez Finitude) qu'on croirait sorties d'une encyclopédie début de siècle (enfin, du précédent) virés au surréalisme. Bref, 170 pages de bonheur.

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ET TANT QUE NOUS Y SOMMES…

FREDERIC SCHIFFTER - Traité du cafard (Finitude)… Une autre parution de Finitude : Traité du cafard, de Frédéric Schiffter. Un recueil de considérations, et aphorismes relevant de la misanthropie atrabilaire (tautologie ?) : dégoût pour l'humanisme, la foule des humains en général et soi-même en particulier (sauf au lit). Et, pour être sûr de ne pas plaire, Schiffter s'affiche aussi phallocrate, réactionnaire plutôt que conservateur ("Parce qu'il anticipe avec lucidité les catastrophes du progrès technique et de l'extension du marché, seul le réactionnaire est en avance sur son temps") et lapide à mots une palanquée de philosophes contemporains (Levinas, Sartre, Deleuze…), quand ce n'est pas la philosophie elle-même. Ses aphorismes sont souvent d'élégantes pirouettes hypocondriaques mais les textes plus développées—jusqu'à, ho !, trois ou quatre paragraphes— n'en sont pas moins forts.

"Le drame des types comme moi qui ne veulent pour rien au monde être pris au sérieux est, justement, qu'on exauce leur vœu."

"Je poursuis mes rêves d'enfant et ce sont mes cauchemars qui me rattrapent."

"Quand j'écris, sentiment d'être un imposteur. Quand je n'écris pas, sentiment de me trahir."

"A chaque livre que je publie, je me loge une balle dans le pied avec la précision d'un tireur d'élite", écrit-il. Ça ne l'empêche visiblement pas de marcher droit.

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Mis à jour ( Vendredi, 01 Mars 2013 00:40 )  

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