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ARLT - La Langue - 2010 - Interview

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Arlt la langue

Confabuler avec des Grands et des Têtes Couronnées de ce monde, j’en conviens volontiers, l’exercice est intimidant. Il a fallu pourtant que je vaincs’ mes intimidations afin de répandre une nouvelle d’importance : L’album La Langue de Arlt (Un Homme et Une Femme) est depuis le 15 novembre disponible et il s’agit là d’une pièce maîtresse.

Soucieux de l’édification des masses, j’ai dès lors arrêté un dessein : interroger Arlt sur le pourquoi, le comment, le tenant et l’aboutissant et qu’ils disent pourquoi.

Je les connais depuis un bail. Obligado Porte Maillot, le ton est solennel (Nous exigeons que vous soyez à l’issue de l’article instruits des motivations de Arlt !) mais rigolo (Nous sommes dans la vraie vie des lurons joyeux et non pas des anachorètes austères).

Voilà, je vous laisse dans la compagnie des chics types.
Vous prisez Calet, Guérin, Stevenson, Char, Péret. Vous avez bon goût car ils roulent OK ?

Cher vieux cul, peut-on savoir au juste ce que tu veux? Char, je crois que tu as confondu et c'est sûrement avec Michaux. Stevenson, tout à fait ! Ses nouvelles, ses essais merveilleux. Il faudrait mettre la main sur ses correspondances. Calet, ah oui ! Et Luc Dietrich dont Le Bonheur des Tristes souffle directement sur le cœur sa drôle de musique désaccordée. Et aussi Cingria, Walser, Dhôtel, "promeneux" tout entiers tendus vers le hasard et l'accident. Plein d'autres. En ce moment, tout ce qu'à traduit l'inénarrable Patrick Reumaux (Emily Dickinson, Laurie Lee, Dylan Thomas, Flann O'Brien, Mervyn Peake...) Et des bandes dessinées (Charlie Schlingo !)

Vous êtes des physiques. Le corps chez vous n’est pas de la gnognotte. Vous dites peu sur le ressenti et l’intellectualité ? C’est venu comment ?

Bah. Le chant c'est physique, un peu, non ? L'écriture a quelque chose d'une activité musculaire et se coltiner la guitare c'est caresser, gratter, cogner, tirer sur. Donc. La langue est faite pour mentir bien sûr mais aussi pour rouler des galoches. Et aller sur les planches, pour faire le mariole et le crucifié, c'est chaque fois se contracter/se détendre, dans un incessant va-et-vient. Comme à l'accouchement et la naissance, comme à la mort, comme à l'orgasme, comme à la défécation mais mille fois d'affilée dans un clignotement sans fin. T'y mets de ta peau, de tes nerfs, de ta viande.
Note bien que ça n'interdit nullement le ressenti (manquerait plus que ça) ni la pensée. C'est mentir de prétendre que le "sentir" et le "penser" ne sont pas intimement liées, tu ne crois pas ? Chaque pensée appelle une sensation et vice-versa. Et ça fait lalala jusque dans les reins, la moelle et les biscotos. Tout ça qu'on disait plus haut a aussi à voir avec la rêverie, les spéculations louches, la télépathie, le transport amoureux.
Arlt, on espère, c'est physique et métaphysique, c'est fait avec la peau, avec l'haleine, avec le poil et avec les dents et aussi avec le cosmos et les points d'interrogation. C'est des danses de toutes sortes (mentales itou, donc), pourvu qu'à la fin quelqu'un se casse la gueule. On parle d'os, beaucoup. L'os prouve l'animal qui était là. Par animal entendons : le vivant. Mais on s'égare.

Vous avez une écriture Behavioriste, quasi, sèche, sans pathos. Ca change des escrocs qui nous la jouent à la sentimentale. Ça vous a joué des tours ?

Behavioriste, tu crois ? C'est pas un peu trop subjectif pour être behavioriste ? A moins qu'on ne voit les choses que par le petit bout de la lorgnette, dans ce cas pardon. Bah. Qui sait ? Sèche en revanche, oui, sûrement un peu parce que ramassée, brève, tac tac tac comme une perceuse à percussion et tournante comme le derviche dans sa belle robe. Mais de temps un temps un rien d'onctueux pour que ça luise un peu. Pour faire mentir et parce que l'important c'est qu'on sache pas si c'est chaud ou froid. C'est pas une écriture au fait. C'est une danse. Bon oui, y en a que ça fâche, oui, oui, faudrait leur demander pourquoi d'ailleurs. Ils disent "ah on peut pas vous piffrer !" Super. Que voulez-vous qu'on vous dise ? C'est dommage, nous on vous aime tellement... Ah la la.

Votre drôlerie formidable (des fois, je pense), c’est un peu comme Jonathan Swift compliqué du Caporal Clairon (Un mien ami) et Scarron, l’écrivain Burlesque. On dirait des fois même carrément que vous êtes d’avant Louis XVI ?

Merci de trouver ça drôle. Tout le monde s'esclaffe pas. Sûrement parce qu'on vocalise comme ça d'un faux air austère (ce qui déjà en soi est une sorte de plaisanterie) qui trompe le monde. Il y a une façon de rien finir, d'être en retard à tous les rendez-vous, de bégayer et une gaucherie qui peut-être est un peu burlesque. Notre pente naturelle incite au gadin comme chez Charlot. Et puis nous, les oiseaux qui tombent, l'amour qui est un os, les multiples haussements d'épaules, les détours comme les raccourcis, la matière même de ce qu'on raconte et la forme donnée à ce qui est raconté, on trouve ça assez drôle. La répétition, on trouve ça drôle. Pas que mais quand même. Pourquoi avant Louis XVI ?

Votre forte typicité –Eloïse féminine comme mettons Linda Darnell et Sing-Sing masculin comme Burt Reynolds Krautrock fait plaisir à voir chez les indifférenciés. Ça change des pâles individus chantant blet et court ? C’est lourd à porter ?

Non. Sur scène Eloïse en robe et en cheveux et moi tout en chichiteuse virilité, sa voix minérale et la mienne qui suce du goudron tout ça fait penser qu'on est très fille-garçon. Mais à vrai dire, souvent je fais ma chanteuse tandis qu'Eloïse porte le flingue. Dans les textes mêmes, d'ailleurs qui est l'homme qui est la femme n'est pas toujours si certain, ça circule bizarre, ça s'échange, c'est comme le reste (le oui-non, le vrai-faux) potentiellement réversible à tout moment.

Votre intégrité peut irriter les têtes molles. Or, il existe un marché de quelques milliers de têtes molles achetant des disques de têtes molles. C’est tant mieux. Comment vous vivez sans l’approbation ou bien même l’improbation des têtes molles ?

Intégrité tu parles, nous on aspire rien tant qu'à merveilleusement nous compromettre (par exemple ce serait-y pas beau qu'on devienne un dessin animé ?) Qu'on en irrite, des têtes,( molles ou pas molles), c'est certain. Régulièrement, on nous insulte et on nous souhaite le pire (hier encore, nous avons reçu un colis piégé. Heureusement c'est la voisine qui l'a ouvert). Tout ça sans qu'on fasse rien pour. Juste danser nos danses et répéter nos sornettes un-deux-trois... C'est beau de les voir tout-rouge. Ceux qui ricanent sont désagréables quand même. Le pire, c'est qu'ils savent pas qu'on est armés. C'est dire s'ils sont finauds.

Ici (c’est-à-dire moi), on vous dit merci de chanter en Gaulois siècle 21. Je connais peu la Langue Roast-beef. Mais elle est usée par, par exemple, un jeune sur lequel nous fondons de légitimes espoirs Sam Nolin. Pourquoi la langue de Alfred Jarry, André Breton ou bien Théophile Gautier plutôt que celle de Tom Clancy ?

Parce que c'est plus difficile à faire sonner et que la difficulté demeure un excitant. Parce qu'en même temps c'est naturel vu qu'on pense en français, qu'on bavarde en français, qu'on bouquine en français. Ensuite parce que le français, s'il est parfois un peu austère, avec toutes ses dentales de cheval et ses faux airs de latin d'église (ce qui nous plait bien) est quand même une langue pleine d'ombres et de corps coruscants qui nous autorise mille ambigüités. Parce que nous avons écouté beaucoup de rocanrol angliche ou amerloque et qu'il faut savoir marquer ses distances avec les influences. Pour faire chier des barres au milieu de la chanson française en nous faisant passer pour des membres de la famille tout en lui salopant le tapis. Parce que quand on chante aux Amériques, les Amériques trouvent ça charmant et nous payent à boire. Parce que ça nous plait de tripatouiller la langue de nos enfances, avec sa mémoire, ses fantômes. On la parle, donc on la chante. Ceci dit, ça n'a rien d'une revendication identitaire et nous n'avons pas de problème avec le fait de chanter en anglais. Nous le ferons peut-être un jour ou l'autre. Mais pourquoi pas aussi en italien ou en russe?

Franchement, vous avez dans un dépouillement transsubstantié la musique par petites touches peu perceptibles. Vous êtes des malins dans votre genre. Vous n’allez pas dans le gras ? Pourquoi ?

On est pas du tout malins, dis pas ça. Le dépouillement c'est parce que le nu c'est beau (tant pis pour ceux qui pensent le contraire) et que déshabiller la musique c'est une volupté. Pour ce qui est d'avoir transsubstantié, et bien ce doit être par goût des petits miracles et de l'alchimie. Tu prends des trucs, tu les transformes en d'autres, comme dans le poème (japonais?) où il est dit "tu arraches les ailes du papillon: un piment"). C'est une façon joyeuse non pas de mélanger les genres en les ajoutant les uns aux autres mais plutôt en les réduisant en un genre de précipité chimique qui fera au final, avec un peu de chance un petit objet singulier. On aime croire que ça ouvre un peu l'imagination (à commencer par la nôtre), que ça prépare aux hallucinations (avec trois fois rien), que ça fabrique des petits malentendus heureux. On aime bien, déjà en tant qu'auditeurs, ne pas être sûrs d'être capables de situer exactement ce qu'on écoute.

Dites-nous vos dix albums de trompette préférés ? Vous pouvez y joindre d’autres choses ! Il est bon que le lecteur soit édifié. Dites ?

14 albums pompettes plutôt, choisis au hasard parmi les tables de chevet:
-"Corky's Debt to His Father" Mayo Thompson. -"La Maquina del Tiempo" Eduardo Mateo. -"Schleep" Robert Wyatt.- "An Die Musik" Joséphine Foster. -"Dandruff" Ivor Cutler.- "Uncle" Sport Murphy.-"Composiciones Para Guitarra" Violetta Parra. -"Berthet-Le Junter" Fréderic Berthet et Frédéric Le Junter. -"The Key to the kingdom" Washington Phillips. -"Armchair Boogie" Michael Hurley. -"Aux sources du Rebetiko" Various Artist. -"H'art songs" Moondog. -"Estudando a Bossa" Tom Zé. Une compile de Nino Ferrer...

Quand vous buvez, est-ce que comme moi, vous buvez du bon ?

De préférence, du pas mauvais. Des whiskys puant la tourbe ou qui semblent griller comme des épines de pin sous une armée de moules au garde-à-vous. Des vins blancs secs comme l'échalas qui va courant se coincer les doigts dans la porte du magasin. Ou "beurrés-briochés", parfaits au petit déjeuner. Des vins rouges et bleus. Des qui fleurent bon le fumier et l'étable où coucher pour la nuit. Des légers qui chantent d'une voix d'épices quand on y met la gueule. Des lourds charpentés comme un château grognon de province oubliée. Des qui saoulent et qui invitent au lyrisme avec des notes de contrebasse mal accordée. Des aphrodisiaques. Là tout de suite, Coteaux du Languedoc (fruits rouges, sous-bois, tanins fondus. Bouche ample, Reflets de Violine. C'est écrit sur l'étiquette. Pas très naturel mais passe pas mal à cette heure).

Sinon, à la télé, y’a rien en ce moment. Pour les ignares, pouvez-vous nous dire vos films préférés ?

Oui. Mais pas pour les ignares, qui de toute façon ont mieux à foutre, pensent-ils. -"Cocorico Monsieur Poulet" de Jean Rouch. Tous ceux où apparait Michel Simon (surtout chez Renoir et Vigo), -"La Cité de l'Indicible Peur" de Jean-Pierre Mocky, -"Rentrée des Classes" de Jacques Rozier. -"La pieuvre" de Jean Painlevé. -"L'esprit de la Ruche" de Victor Erice. -"La Montée vers le Ciel" de Luis Buñuel (et le reste du même), -"Canyon Passage" de Jacques Tourneur.- "Haute Pègre" d'Ernst Lubitsch. -"Le Dernier des Immobiles" de Nicola Sornaga. -"Les Jours où je n'existe Pas" de Jean-Charles Fitoussi. -"Ce Jour-Là" de Raul Ruiz.- "Une Aventure de Billy The Kid" de Luc Moullet. -"La Gueule que Tu Mérites" de Miguel Gomès. Nous en oublions.

Je vous remercie d’avoir répondu dans votre actualité brûlante répondu à ces quelques questions qui auront dissipé des malentendus. Vous pouvez dire un dernier mot ?

C'est quoi cette moustache neuve?


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