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PIERRE AUTIN-GRENIER : C'est tous les jours comme ça

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Pierre Autin-Grenier : C'est tous les jours comme ça

Vous pourrez clamer qu’il s’agit d’une coïncidence, je n’en croirai rien. Au premier véritable beau jour de ce printemps qui n’en finissait pas de tirer ses airs maussades, je suis tombé par hasard sur le nouveau recueil de Pierre Autin-Grenier. Ni les affiches du métro ni Le Monde littéraire ne m’avaient prévenu. C’est tous les jours comme ça : hé bien, non, parce que découvrir un livre de cet auteur quasi confidentiel au coin d’une trouée ensoleillée, c’est comme recevoir la confirmation inattendue que la vie tient parfois ses promesses.

Première surprise : adieu la collection "L’Arpenteur" de Gallimard, qui a valu à Pierre Autin-Grenier de se retrouver en bonne place jusque sur les présentoirs de la Fxxx pour Friterie-Bar Brunetti, le revoici chez un petit éditeur, bordelais celui-là, Finitude*. Petit, mais qui donne envie d'écrire le mot tout en capitales : EDITEUR. Parce qu'il offre le gite à un marginal magnifique et au lecteur un couvert sensationnel: couverture sobre (et drôle), doux papier épais discrètement crème, typographie et mise en page aérées et soignées, impression fine. Avant même de se caler en position de lecture, vous voilà comme dans un vieux fauteuil accueillant. Prêt au bonheur. Et dès les premières nouvelles, je retrouve le Pierre Autin-Grenier que j’adore – et que j’avais un chouïa le sentiment d’avoir perdu chez Brunetti, car la forme longue y semblait un peu forcée, bien que les ingrédients de base fussent les mêmes.

Si l’homme est passé de la campagne à la ville depuis ses plus anciens recueils, son œil s’étonne toujours du quotidien avec ironie désabusée, révolte entière, sens de l’absurde, fraternité pour le genre humain et dégoût de ses vils instincts, volonté de ne s’en laisser compter ni par les slogans ni par les marches forcées. Autin-Grenier est avant tout un écrivain d’humanité : il regarde les gens autour de lui, les aime ou les déteste, et souvent un peu des deux.

Et puis il défend un os mordicus : la cause de la poésie. Il ne se clame pas écrivain mais poète. La concision de ses récits (quelques pages, toujours à l’essentiel), son inspiration vagabonde et extravagante (car plus vous divaguez, plus le réel vous colle aux chaussettes), son empathie misanthrope (puisque, comme il a intitulé l’un de ses recueils, Je ne suis pas un héros) sont façonnées dans une langue qui pèse la saveur des mots, les extrait de l’atonie pour les entendre sonner, se répondre. Lire Pierre Autin-Grenier me laisse parfois le même sentiment qu’écouter Erik Satie. Le plus souvent, il réduit le ponctuation au minimum. Miracle (qui dit assez bien la qualité de son écriture ciselée) : ses phrases tiennent encore la ligne et vous emmènent promener au rythme de leurs pieds (de nez, aussi, souvent).

Pierre Autin-GrenierComme on ne vendrait plus un bouquin sans un pitch, un scénario à tout casser la baraque et la panoplie entière du page-turner, vous me direz : un joli bouquin, c’est bien joli, justement, mais de quoi que ça cause ? Il est où, le suce-panse ? Pour la panse, la réponse est évidente : chablis et tout ce qui se mijote, de préférence. Pour le reste, il s’agit surtout de gens clopinant leurs guiboles comme ils le peuvent (le narrateur en tête, sorte de Dino Buzzati mutin dépoussiérant les sous-pentes de ses vagues à l’âme) à travers une époque sécuritaire qui préfère leur foutre les jetons que la paix.

Heureusement, il y a la couturière du deuxième avec son trancheflic de soixante-huit en état de marche et l’Organisation qui attend, dans l’ombre, le jour où. On croise aussi Lucette et son crabe (à qui il apporte La Nébuleuse du, d’Eric Chevillard, en profitant pour citer Emmanuel Berl : "Il fait beau, allons au cimetière"), l’insupportable pouët maudit, le candidat plus incrusté qu’une tache dans le tissu social, et partout le plaisir espiègle, puisque c’est un des derniers qui ne coûtent rien, à ne pas faire à la ligne comme on le conseille sans doute à Autin-Grenier de le faire.

Il y a une poignée d’auteurs à qui il me prend parfois l’envie d’écrire une courte lettre pour frapper à leur porte sans les déranger, les serrer un coup dans mes bras sans les étouffer, leur dire que les heures en leur compagnie me sont comme les quatre bouts de bois de l’Auvergnat, ajouter merci et au revoir sur la pointe des pieds, et qu’ils peuvent passer à n’importe quelle heure, j’aurai un tire-bouchon. Mais ils ne recevront rien : la plupart d’entre eux sont déjà morts. Pierre Autin-Grenier est l’un des rares qui s'agitent encore. Je ne voudrais pas qu’il crève.

Pour lire les vingt premières pages de C'est toujours comme ça

Autre chroniques de C'est tous les jours comme ça sur : Remue.net - Revue Texture - Librairies Montauban - Cousu main - Le choix des libraires

Ajoutons une interview au Matricule des anges datant de 1998 (pour la publication de Toute une vie bien ratée) mais qui donne un bon aperçu du bonhomme. Thierry Guichard y écrit en introduction : "L'homme inspire immédiatement la sympathie mais ce qui rend spontanés les gestes d'affection vient directement de ses livres. Après les avoir lus et sans qu'il le sache, Pierre Autin-Grenier devient l'ami de son lecteur. Ce n'est pas la moindre qualité de cette littérature qui, sous une apparente modestie, bâtit tout un monde dont les arpenteurs sont humainement proches."

* : catalogue complet des éditions Finitude ici.

Mis à jour ( Mardi, 20 Décembre 2011 12:29 )  

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