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Home Bac à sable catfish POIN-POIN ÉCO : Comment acheter un émir ?

POIN-POIN ÉCO : Comment acheter un émir ?

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émir"Ouais, mais mon mari, c'est pas un émir", me disait récemment une amie dont le mari, donc, n'est pas un émir, et qui s'inquiétait, en outre, de la précarité de sa situation professionnelle. Que croyez-vous que je lui ai répondu? La vérité : "C'est de ta faute, tu n'avais qu'à te choper un émir" (voir photo ci-contre). Et elle d'avouer, rimmellant de larmes sur son chemisier, qu'en effet, elle avait laissé passer plein d'émirs, car elle n'avait jamais su s'y prendre avec eux, et que si elle avait su, elle ne serait pas aujourd'hui à s'inquiéter pour son avenir et à tacher sa garde-robe, parce que son avenir, elle pourrait lui dire : "M.M.E.E.-E.J.T.E." (Mon mari est un émir, et je t'emmerde). Sauf que là, non. Pas d'émir, pas d'avenir.

Aussi, afin de sauver les femmes** dans le besoin, Poin-Poin vous zexplique aujourd'hui comment vous faire un wunderbar-Wonderbra en rachetant un émir, et ce avec une mise de départ minimale. Le premier pas est le plus simple : il consiste à rassembler la somme nécessaire à l'achat de l'émir. Mettons, allez, un milliard de dollars. Il suffit de bien connaître Christine Lagarde ou d'aller dans une boutique spécialisée, par exemple un FMI, une banque ou une boulangerie.
— Bonjour madame, je voudrais un milliard pour acheter un émir
— Bien madame, voici pour vous. Il vous faut autre chose ?
— Oui, une baguette bien cuite s'il vous plaît.
— Voilà, voilà, ça nous fait donc un milliard au prix de un milliard et une baguette, donc, je pose 000 et j'ajoute 0,8, ça nous donne, heum, voyons voir, attendez, je prends la calculatrice, tac-tic-tic-tac toc-tic-tac tac-tac-toc… hé bien un milliard et quatre vingts centimes tout rond.

dollarsVous voilà fort marri ! Comment régler une telle somme (soit environ 100000 tas de fric comme celui en photo là ->) ? Premier truc : négocier. A tous les coups, la marchande vous fera un petit rabais.
— Ecoutez, une bonne cliente comme vous, allez, je vous fais le tout à un milliard.
Vous voyez, vous venez déjà d'obtenir une baguette bien cuite pour rien du tout grâce à Poin-Poin. Ce n'est peut-être pas grand chose, mais ce sont ces gestes anodins en apparence qui font revenir chez les petits commerçants (et chez Poin-Poin).***

Bien. Reste donc un malheureux milliard. C'est le moment de solliciter un crédit. Mais attention ! Evitez à tout prix le crédit revolving, remballez votre carte Cofinoga qui vous fait perdre des sous. Grâce à Poin-Poin (c'est le nom du site sur lequel vous êtes), non seulement vous allez rembourser ce milliard, mais il va vous rester encore plein de thunasses à claquer chez Tati, tellement que ce sont les émirs qui viendront vous draguer en babouches en or massif  à la sortie de SuperU. Pour obtenir un crédit d'un milliard, il faut y aller franco : exigez un taux d'intérêt de 15% au minimum. Si on vous propose moins, battez-vous, demandez à voir le patron, mais ne lâchez rien. Et soyez sympa, mettez-y du votre : un apport personnel de 3000 ou 4000 euros sera apprécié. Mais pas la peine de donner plus car, je vous le rappelle, c'est vous qui devez vous enrichir, et pas la boulangère.

Enfin, vous voilà sorti de la boutique. Avec sous le bras une baguette, sur votre compte de quoi acquérir un émir bien frais, et dans la tête un gros soucis : comment rembourser? C'est là que je vous attendais. Vous n'avez pas fais HEC ni l'Essec, c'est tout de même malheureux d'avoir des lecteurs d'aussi piètre niveau. Enfin bon. Vous allez mettre en place un… un…? un quoi ? Oui, Jean-Eudes ? Un guichet de départ pour les salariés ? Non, Jean-Eudes, mais c'était bien tenté. Grégoire, une idée ? Mmmm? Délocaliser l'émir ? Je doute qu'il soit d'accord… Allons ! Un peu d'imagination, ce n'est pas sorcier. Marie-France ? Un quoi… ? Braaaavo Marie-France ! Nous allons recourir au leverage buy-out, tout à fait, le LBO (pronounced "elle-bi-o")****

Un LBO, c'est l'enfance de l'art de la finance. Tu achètes ce qui ne t'appartiens pas avec du fric qui ne t'appartiens pas, et après tu revends le tout par morceaux et tu gardes les plus gros pour toi. C'est dégueulasse ? C'est bien la preuve que c'est de la haute finance.

dubai marineDonc, mettons, tu t'amènes au Qatar, et là tu vas au marché aux émirs (photo ci-contre : Dubaï, le plus grand marché aux émirs du monde. Au premier plan, les yachts avec lesquels ils ont l"habitude d'aller acheter leurs baguettes bien cuites). Ce n'est pas le physique qui compte, il peut être gros et moche, s'il sent le pétrole à plein nez, s'il possède plus de puits que de poils de barbe, fais le chèque, hop-là, ça y est, l'émir est à toi.

Récapitulons. Tu as mangé ta baguette (depuis le temps), tu n'as plus ton milliard, mais tu as ton émir bien frais et, toujours, ton gros soucis : comment rembourser?
Il y a deux solutions***** Primo, les cours du pétrole augmentent. Ha ben oui, ton émir, tu as pensé à l'acheter quand les cours étaient au plus bas, ispice di counasse, non ? Oui, bon. Donc, les cours augmentent. New York s'embrase, le Moyen-Orient s'enflamme, Paris brûle-t-il ? Paf ! ton émir qui valait 1 milliard en vaut 1,5. C'est magique : tu le revends, tu rembourses ta banque, il te reste encore 300 millions pour faire les courses à Auchan (à mon avis, ce n'est plus la peine d'aller faire tes courses à Auchan, rachète plutôt le magasin).

Second cas, les cours n'augmentent pas. T'es bien dans la merde (c'est un truc de la même couleur que le pétrole mais ça ne se raffine pas et ça sent meilleur) grâce à Poin-Poin ! Qui va t'en sortir? Encore Poin-Poin.

Ecoute bien : quand tu fais tes courses chez Ed, les boîtes de thon, par trois, elles coûtent moins cher qu'à l'unité (enfin, en théorie, parce que parfois, c'est le contraire, et il y a marqué "pormotion" dessus et tu te fais niquer la gueule parce que tu n'as pas pensé à regarder le prix au kilo, et après ça se demande pourquoi ça n'a pas fait l'Essec, je vous demande un peu). L'émir, c'est comme les boîtes de thon. Tu l'as acheté d'un bloc, en gros. Tu vas le revendre par petits bouts : un pied, par ci, un bras par là, la tête ailleurs, 30000 barils de brut ici, 50000 barils là.

photo ci-contre :
animation commerciale en rayon
dans un SuperU pour un lot
d'émirs en promotion.

Ça aussi, ça a un nom, dans l'immobilier, on l'appelle "la vente à la découpe" : tu achètes par lot et tu fais la culbute à l'unitén et qui c'est qui va bouffer ses morts ? C'est le connard qui n'a que les moyens d'acheter à l'unité, le con, le pauvre, le pauvre con, le salaud de pauvre con (mais il en faut pour que toi tu puisses faire du pognon et acheter et vendre des émirs et arrêter de pleurer ton salariat précaire). Bref, ton émir, si tu te débrouilles bien, la cuisse qui valait 100000, au poids, achetée avec l'ensemble, bien découpée, c'est 150000. Cash ma soeur !

Tu as un an pour tout bien cisailler ton émir en petits bouts. Et un an plus tard, banco, tu as la fente qui fait pschitt jusque sur la planche à billets, voir primo, tu retournes chez ta boulangère, tu lui rends son milliard, tu lui remets une couche d'intérêts dessus, et il te reste encore de quoi passer les vacances à Ibiza (après avoir racheté l'hôtel).

Ne pleure plus, ô ma mie, car te voilà riche, à l'abri du besoin et des méchants DRH. Et même, tu peux continuer à t'amuser en gagnant plein de pognon. Si tu sais acheter et découper un émir, tu sais acheter et découper une entreprise. Le seul truc, c'est qu'il faut donner des gages de moralité quand tu taxes ta boulangère. 3000 ou 4000 euros, nan, elle s'en fout. Ce qui lui importe, c'est que ta morale soit en acier. Et pour prouver que tu as une morale en béton, tu dois subir une épreuve: licencier sans pleurer. Si tu chiales, c'est que ta moralité est douteuse et ton milliard, tu peux le compter en billets de Monopoly, jamais tu ne le reverras danser sur le sable chaud. Mais si tu es forte et que tu ne pleures pas… n'oublie pas de glisser un petit billet à Poin-Poin pour lui dire merci.

un dossier de la rédaction économique de Poin-Poin

** Seulement les femmes, parce que les émirs sont tous des hommes, et que les émiresses n'existent pas (l'émiresse célibataire, je veux dire. L'émiresse est, par essence et après raffinage, l'épouse de l'émir). Seul espoir pour nous les hommes : trouver un émir qui a le keffieh qui vole.
*** Moi qui étais au Crédit Agricole autrefois, j'ai changé de banque car ils ne m'offraient jamais de baguette bien cuite.
**** En français : "rachat avec effet de levier", espèce de bouilloires sans sifflet.
*****  Trois, en fait, mais nous n'évoquerons pas la troisième, qui est la baisse des cours, l'impossibilité de rembourser, les poursuites judiciaires et, si vous ne connaissez pas le proc' de la cour d'appel, vous êtes mal…


ci-dessus : une baguette bien cuite entre deux émirs.

 

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