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Home Interviews/Concerts Interviews ERIC McFADDEN : "Jouer est ma religion" (interview, 2009)

ERIC McFADDEN : "Jouer est ma religion" (interview, 2009)

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Eric McFadden
English version : click here  

Stoner, rock, (vaudou-)blues, funk, musique gitane... Les styles du guitariste, chanteur et songwriter Eric McFadden varient au fil des albums et de ses multiples projets, qui l'ont vu s'acoquiner avec quelques monstres sacrés, comme Eric Burdon, Joe Strummer ou George Clinton. Delicate Thing, qu'il vient de sortir avec l'Eric McFadden Trio, présente sa facette la plus énervée. Interview d'un artiste, un vrai, inclassable et chez qui la surprise est au coin de l'accord.

POIN-POIN - Pour commencer, les questions habituelles : quand et comment t’es-tu mis à la guitare et au chant ? Qui sont tes principales influences ? (etc.)
ERIC MCFADDEN - J’ai commencé à jouer de la guitare vers 10 ou 11 ans. En dernière année de primaire, mon instituteur m’a appris une chanson des Beatles, puis mon père m’a appris quelques petites choses. Mes parents avaient une collection de disques plutôt éclectique, donc j’ai passé pas mal de temps à écouter des disques quand j’étais enfant. Parmi mes premières influences figurent les Beatles, Bob Dylan, Led Zeppelin, Black Sabbath, The Rolling Stones, David Bowie, John Lee Hooker, Jimi Hendrix, Beethoven, Paco DeLucia, The Clash, etc. Plus tard, j’ai écouté Tom Waits, Django Riehndhardt, Mahuvisnu, John McLaughlin, Funkadelic, Bad Brains, Sly Stone, Miles Davis, Hank Williams, Mr Bungle, The Gerraldine Fibbers, Nick Cave, Pixies, The Residents, Nels Cline, Johnny Cash, The Minutemen, PJ Harvey, etc. Il existe beaucoup de bonne musique si on se donne la peine de chercher. Mais la plupart n’est pas accessible à travers les grands médias.

Eric McFadden Trio - Delicate Thing

A quelqu’un qui découvrirait seulement le monde coloré d’Eric McFadden, serais-tu d’accord pour qualifier l’ERIC MCFADDEN TRIO comme une espèce de rencontre entre Faith No More, Queens of The Stone Age et Living Colour ?

Disons que j’apprécie et que je respecte ces groupes, et je pourrais sans aucun doute trouver des similitudes entre leur approche et la mienne. Je pense toutefois que notre son est différent. On pourrait dire que des fans de Queens of The Stone Age ou de Faith No More sont aussi susceptibles d’aimer EMT que des fans des Clash, de Hendrix ou de Black Sabbath, bien que nous ne sonnions véritablement comme aucun de ces groupes. Nous avons subi l’influence d’une multitude de musiciens au cours des années, mais l’objectif ultime demeure de trouver ton propre son, ton propre mode d’expression. C’est une route sans fin… et c’est très bien ainsi.

Quel état d’esprit préside à EMT ? Je suppose que tu ne considère pas seulement ce groupe comme ton côté heavy, comparé à tes œuvres en solo.

EMT est mon power-trio et me permet de jouer du rock. J’ai besoin de jouer du rock, même si j’aime aussi les balades et les symphonies. Tu peux toutefois percevoir une palette de sons assez large dans le son d’EMT. Tu peux y trouver du blues, de la musique gitane, du punk ou du classique. Je ne crois pas que je doive me limiter à un style. J’ai juste envie de prendre du bon temps.

Ecris-tu spécialement pour EMT ou choisis-tu à quel projet tu destines un titre une fois qu’il est écrit ?
J’écris des chansons et je pense à la façon de leur donner vie quand c’est le moment.

Quelques mots à propos de James Whiton (bassiste-contrebassiste d'Eric McFadden Trio) et de Jeff Cohen (batteur), dont mes enceintes vont se souvenir un bon moment...
Eric McFadden TrioJames Whiton est un phénomène de la basse. Nous nous sommes rencontrés à Albuquerque, au Nouveau Mexique. Un jour que je jouais à Seattle, James a vu une affiche qui annonçait le concert. Il m’a contacté et je lui ai demandé de venir assurer le concert avec moi. C'était il y a sept ans et ça marche toujours entre nous. Une chose super avec James est que je peux m’amener avec n’importe quoi : il est toujours capable de le jouer. Il est par ailleurs lui-même assez créatif.
Je connais Jeff Cohen depuis encore plus longtemps. Il a fait partie un moment de mon ancien groupe, Angry Babies. Nous étions de bons amis mais nos contacts allaient et venaient. C’est un monstre de la batterie. Il a réalisé un travail formidable sur le dernier disque.
Un autre de mes très bons amis, Paulo Baldi, qui assurait la batterie sur notre disque précédent, Joy of Suffering, joue aussi sur deux titres sur le nouvel album. Paulo est aussi parti en tournée avec Cake et avec Les Claypool ces dernières années. Bernie Worrel (P-Funk, Talking Heads) et Mike Warr (Minutemen, Stooges) figurent également sur le disque. Des gens extraordinaires en tant que personnes et que musiciens.

Tu as travaillé, enregistré et tourné avec beaucoup d’artistes. Pourquoi ne te dédies-tu pas plus à ta propre musique ?
Je préfère me concentrer sur ma propre musique, mais j’aime aussi jouer avec d’autres gens, ce qui, parfois, amène à des découvertes ou des opportunités. En outre, il faut bien que je mange, et jouer ma propre musique ne permet pas toujours de payer les factures.

Ne crains-tu pas que tes participations à de nombreux projets, s’il elles multiplient les occasions de te faire connaître du public, rendent difficile de cerner qui est Eric McFadden. Est-il l’artiste émouvant en solo de Let’s Die Forever… Together ? une espèce de mercenaire prêt à jouer à chaque fois qu’il en a l’occasion ? l’inventeur du vaudou-blues, comme le dit une bio ? un clown ? un extra-terrestre ?
Eric Mc Fadden - Eric BurdonJe suis un musicien, un homme de spectacle et un compositeur, entre autres choses, mais certainement pas un mercenaire. Je ne me fixe aucun critère par trop limitatif ni de doctrine qui me dicteraient de n’emprunter que certains boulevards musicaux. Je fais ce qui m’attire. J’adore jouer avec plein de musiciens différents, explorer divers styles de musique et expérimenter différentes façons de fusionner ces styles. Jouer avec George Clinton & P-Funk ou avec Eric Burdon [photo ci-contre © Mary G Photography] par exemple, m’a énormément appris. Tu n’apprends rien si tu ne saisis pas les opportunités et si tu n’essaies pas des choses nouvelles. Peut-être que participer à autant de projets dans des styles aussi variés se fait au détriment de ma carrière mais je me dois de rester fidèle à ce que je suis, pour le meilleur et pour le pire. Je veux bien ressembler à tout ce que tu veux. Tout ce dont on vient de parler ou rien de cela. Mais j’ai besoin de jouer. C’est un médicament… c’est ma religion.

Dans quelle mesure penses-tu que ces collaborations variées alimentent ton travail en solo ?
Ces collaborations avec d’autres personnes m’inspirent beaucoup. Surtout celles avec les personnes dont je respecte l’œuvre et que j’admire. Travailler avec ces gens peut permettre de sortir de moi-même des choses dont, autrement, j’aurais pu ne même pas savoir qu’elles se trouvaient en moi. Mes collaborations avec Pat MacDonald, Paula O'Rourke, Joe Strummer et Jerry Joseph comptent parmi mes préférées.

Rêvons... Quels sont les artistes (morts ou vivants : ceci est un rêve…) avec qui tu aimerais jouer ?
Tom Waits, Willie Nelson, Duke Ellington, PJ Harvey, Amanda Palmer, Madonna, Miles Davis, Django Reinhardt, Jimi Hendrix.

Ta musique balance souvent entre des humeurs très sombres – mais toujours avec une petite lueur quelque part – et des moments très joyeux – mais toujours avec une ombre qui plane (ce que le titre du précédent disque d’EMT, Joy of Suffering [Le Bonheur de souffrir] traduit en quelque sorte) –  comme si tu ne parvenais pas à être absolument heureux quand tu es heureux, ni absolument désespéré quand tu ne te sens pas bien. Cela reflète-t-il ta personnalité ?
Oui. Je pense que tu as visé juste. La vie est tragique et magnifique. Si je n’avais pas le sens de l’humour, je ne sais pas comment je m’en sortirais. Sans la souffrance, tu ne peux pas connaître de véritable joie.

Quel est le lien entre toutes tes activités musicales ou, en d’autres termes, le fil rouge de ton oeuvre – s’il y en a un ?
C'est moi.

Que souhaites-tu que les gens ressentent quand ils écoutent ta musique ?
N’importe quoi. Du moment qu’ils ressentent quelque chose.

Tu es ce qu’on appelle volontiers un "virtuose"... mais ce n’est pas toujours un compliment (je veux dire : pour l’auditeur) quand ça devient de la démonstration.
Tu peux être aussi bon que tu veux sur le plan technique ou t’entraîner autant que tu veux, cela ne t’apprendra jamais l’émotion. Si la musique n’a pas d’âme, elle n’a rien. Je pense que bien connaître la musique et être bon techniquement est une chose positive tant que cela n’empêche pas ta musique de s’exprimer. Il y a des espèces de snobs par ici qui estiment que savoir jouer d’un instrument n’est pas bien. Conneries ! La connaissance est un fabuleux outil. Mais s’il n’y a pas d’âme ou d’émotion, cela ne m’intéresse pas.

Espères-tu secouer quelque chose dans le rock, façon : Hé ! Reveillez-vous ! ça va plus loin que ce que vous croyez !
Oui. Et pas seulement à propos de la musique mais du monde en général. Beaucoup de gens n’ont pas conscience de ce qui se passe autour d’eux. Ils ont tendance à laisser les autres penser à leur place. Putain !, je ne veux pas d’une vie banale ou qu’on me dicte, je ne suis pas un de ces moutons qui vont à l’abattoir de la vie ! Nous savons que l’ignorance et la peur génèrent beaucoup de violence et d’intolérance. Donc tout ce qui aide à les éliminer est bénéfique pour la société. Or, l’art et la musique y contribuent. Le monde est grand et les gens devraient essayer de comprendre cela. Le chemin est long mais je fais de mon mieux.

Eric McFadden - La Patrie guitarParmi tes guitares, je suis certain qu’il y en a une que tu préfères (ou deux ?). Pourrais-tu nous la présenter ?
J’adore ma Gibson L-10 noire de 1933. Je suis aussi très attaché à ma Godin 5th Avenue Kingpin et à ma LaPatrie Etude [photo ci-contre]. Et ma guitare électrique pleine préférée est mon Asher Ultra Tone.

Comment demeurer authentique quand on enregistre aussi souvent, quand on se trouve fréquemment sur scène, quand on joue avec beaucoup de musiciens différents et que – je suppose – il faut bien payer les factures, c’est-à-dire quand jouer de la guitare et chanter est à la fois ton boulot et ta passion ? Tu n’as pas peur de te perdre, parfois ?
Bien entendu, cela peut être difficile par moment, mais ça peut être difficile pour n’importe qui. J’essaie de me souvenir combien je suis chanceux de faire ce que j’aime faire, même lorsque quelque chose d’injuste me met le moral à zéro. La musique me soutient, elle me garde en vie. Je suis reconnaissant d’avoir ce moyen d’exprimer mes émotions. Ces dernières années, beaucoup de mes chansons ont pris un tour politique parce que, aux Etats-Unis, nous subissions le gouvernement le plus corrompu et le plus criminel que le pays avait jamais connu. Je ne peux exprimer à quel point je me sens soulagé que Bush soit enfin parti. Avec Obama, au moins, nous avons une chance… un petit espoir. Mais ce n’est qu’un premier pas.

Quand te reverrons-nous en France ? Et sous quel nom (solo, EMT…) ?
Je serai en France en octobre ou novembre 2009. Je ne sais pas encore qui m’accompagnera mais ce sera soit Paula O’Rourke soit James Whiton à la basse et peut-être mon ami Mato [Vilar] à la batterie.

Et pour terminer, l’espace de libre expression, où tu peux dire absolument tout ce que tu veux (surtout si ce n’est pas politiquement correct !)
Je veux remercier tous ceux qui m’ont soutenu ainsi que ma musique, et ceux qui l’écoutent. keep rock alive! hell yes, motherfuckers! (ndr : pas besoin de traduire, je suppose…).

Site officiel Eric McFadden Trio - MySpace Eric McFadden Trio
Site officiel Eric McFadden - MySpace Eric McFadden

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Concerts à Paris 2009 - Concert à Paris 2010
Concerts à Paris en 2006 et 2007
Let's Die Forever… Together
Dementia
Delicate Thing

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Mis à jour ( Mardi, 30 Mars 2010 19:34 )  

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