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Home Dressez vos esgourdes Unsung heroes ALEXANDER SPENCE - Oar - 1969

ALEXANDER SPENCE - Oar - 1969

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Pourquoi certains disques,  comme celui-ci, semblent avoir été si longtemps oubliés ? Puisqu’il aura quand même fallu attendre les années 90 pour qu’un tel album soit enfin exhumé des friches florissantes de l’histoire du rock... Il semble que pour certains artistes, leur destin n’égale pas tout à fait leur génie. Bien sûr, nombreux sont ceux à propos desquels cette remarque pourrait convenir mais enfin, il apparut très tôt que Syd Barrett,  Captain Beefheart ou Roy Wood (le premier étant entre temps devenu quasiment une icône, les  deux autres sont parvenus à se faire oublier ou à se rendre intouchables, leur génie erratique n’étant rien moins que soluble dans la critique) étaient des musiciens réellement créateurs, inventifs dont les chemins méandreux furent parfois difficiles à arpenter. Alexander « Skip » Spence, quant à lui, a peut-être souffert d’être simplement membre de groupes au sein desquels on ne le repéra que très partiellement, ne lui accordant que le crédit d’être un compositeur plutôt adroit.                        

En effet, on lui prête d’avoir été de la première mouture du Quicksilver Messenger Service et déjà parti avant même que le groupe ne soit un peu connu dans la baie de San Francisco. Il fut ensuite recruté par Marty Balin, qui lui-même s’occupait de former un groupe qui deviendra le Jefferson Airplane, dans lequel  Alexander Spence tiendra la batterie (il est guitariste de formation) pour le premier album (Takes Off) puis il dériva très rapidement vers d’autres rivages pour cofonder Moby Grape. Mais là encore, le destin de Spence n’allait pas être accommodant avec son talent. Il ne participera réellement qu’au premier album livrant quelques compositions remarquées (Omaha) mais participant assez peu à l’enregistrement du second album tout en offrant quand même Motorcycle Irene.

 

Entre temps sa santé mentale se détériore, les drogues psychédéliques associées à une personnalité schizoïde le feront errer aux confins de la folie. Au cours de la préparation du second album de Moby Grape, souvent absent aux répétitions et aux séances d’enregistrement, il est pris d’une crise de violence, menaçant les autres musiciens avec une hache d’incendie après avoir détruit  une porte d’hôtel. Vite enfermé dans un hôpital psychiatrique new-yorkais où il reste pendant plusieurs mois, il en ressort pour  enregistrer ce disque. Entre temps, il avait réussi à persuader Columbia de financer un projet solo. La légende raconte qu’il débarque à Nashville le 15 décembre 1968 et enregistre en un seul jour, le lendemain 16 décembre, le seul disque qu’il publia sous son seul nom. S’il est l’auteur et le compositeur de tous les titres du disque, il en est aussi l’arrangeur et le producteur ainsi que l’unique musicien puisqu’il joue de tous les instruments qu’on peut  entendre.

Cette œuvre parfois un peu bancale, décalée où de nombreux « styles » musicaux se côtoient offre peu de perspectives critiques pertinentes. Ce que j’y vois, c’est une façon de faire de la musique de manière assez candide, entendez  à la fois spontanée et sans réserve. Skip Spence ne se prive pas pour jouer sur les sons des guitares ou de la batterie mais il peut aussi faire dans une simplicité et un dépouillement à la L-Cohen (Weighted down) et délivrer des textes étranges aux arrières goût surréalistes (War in peace), la musique flirtant  ici avec le Pink Floyd de More.

Bien sûr, il y a aussi dans la démarche de Skip Spence les échos d’un certain psychédélisme à la Moby Grape avec le morceau qui ouvre le disque (Little Hands) et celui qui le clôt (Grey/Afro) ; le premier avec la guitare et la voix enrobées d’écho et de réverb’, le second avec cette batterie aux effets sonores surajoutés, ce délitement dans le rythme, la scansion du chant, et la seule guitare basse pour enjoindre sa pulsation interne à la musique, comme une rêverie qui peut évoquer les tourments de l’âme de son auteur ou les longues dérives lysergiques.

Cripple Creek et Broken heart ouvrent les perspectives de complaintes country mais c’est Diana qui suggère le mieux les déchirements de l’âme, le chant plaintif et la douleur au bord des mots. Mais toujours Skip Spence revient à une configuration instrumentale où les guitares, le chant et la batterie, souvent utilisée comme percussions arythmiques, élaborent une musique introspective. On est ainsi embarqué, le plus souvent, dans une tentative d’expression des affres et inquiétudes d’un esprit submergé par le doute. Œuvre difficile au premier abord et qui ne se laisse pas apprivoiser par quelques tentatives distraites. Ce n’est que progressivement que l’on ose d’autres écoutes, comme une lente addiction à cet album hors du commun.

Les dernières éditions proposent des bonus et deux remix que je trouve tout à fait dispensables et qui même produisent l’effet inverse d’un enrichissement. Au contraire ils risquent de troubler un nouvel amateur ou un auditeur rétif aux charmes vénéneux de cette musique. Commencez par les douze premiers titres qui constituent l’album original. Il sera toujours temps d’explorer plus loin.

Un extrait (Grey/Afro) ici 

 

Mis à jour ( Samedi, 22 Novembre 2008 19:40 )  

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