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Home Dressez vos esgourdes Hardcore JOHN ZORN - Moonchild - 2006 / Astronome - 2006

JOHN ZORN - Moonchild - 2006 / Astronome - 2006

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 John Zorn est un homme en constante recherche de nouveaux moyens d’expression musicale. Le projet Moonchild / Astronome n’est pas sa première grande réalisation hybride. Les désormais mythiques projets Naked City, Painkiller, Masada ont démontré que s’il n’était peut-être pas le plus grand saxophoniste du défunt 20ème siècle, il est à coup sûr un étonnant créateur de projets collectifs transgenres particulièrement osés et réussis.
C’est en cette année 2006 qu’il nous présente sa dernière grande ambition, sur laquelle il déclare travailler depuis trois ans. Trois personnages vont œuvrer à la création d'un nouvel univers : Mike Patton, Trevor Dunn, et Joey Baron.
Patton, vocaliste, et Dunn, bassiste sont tout deux membres et piliers des groupes-ovnis Fantômas et Mr Bungle ; Dunn participe également à l’aventure Klezmer Masada ( dans sa version "électrique"), tout comme Joey Baron, ce magnifique batteur tout terrain, à l’énergie hors du commun (Il officia chez Naked City, Dave Douglas, et auprès de nombreux Jazzmen "haut de gamme") . Quant au mix final, c'est Bill Laswell qui s'en est chargé (il remettra le couvert pour Astronome ).

Vous n’entendrez qu’un trio, car John Zorn s’est voulu homme de l’ombre, cette fois-ci. Il a composé, dirigé, arrangé cette musique que je qualifierais de…. "Hardcore savant", mêlant rock brutal déstructuré et improvisation. Les musiciens se débattent avec rage dans les structures bizarres pensées par John Zorn. Sous le titre Moonchild, on peut lire « Songs Without Words »; le chanteur n’a pas de texte et ce n’est pas gênant pour le virtuose du cri qu’est Mike Patton. Souffles rauques, hurlements, râles, bruits de bouches humides, le bonhomme va déployer toute sa science vocale brut de décoffrage pour servir le projet de John Zorn. La communication entre les trois (quatre avec Zorn?) musiciens semble fonctionner à merveille. De Painkiller, Moonchild a hérité la violence, de Naked City, l’art des ruptures rythmiques radicales (Joey Baron et ses bribes de cadences orthodoxes brisées par des frappes de géant est incroyable).
Tant d’inventivité laisse pantois… après réflexion ; car pendant, vous n’aurez pas le temps de réfléchir ! Il va falloir encaisser. Encaisser ce chant qui pourrait être celui d’un dément pourvu des moyens linguistiques d’un nourrisson. Encaisser ce qui ressemble à une danse tribale occidentale, qui tenterait vainement d’expulser toutes nos pulsions inavouables conscientes et inconscientes.
John Zorn prétend avoir puisé son inspiration chez Antonin Artaud, Edgar Varèse, et Aleister Crowley (lire ICI). Je connais trop mal ces personnages pour oser creuser cette piste en une docte digression. Regardez cependant les photos de ces trois hommes… Le parfum de démence et de dérèglement qui en émane ne me semble pas étranger à cette musique…


 Quelques mois après la sortie de Moonchild, John Zorn fait paraître Astronome. Le groupe va donc s’acharner à développer cette nouvelle grammaire énoncée dans l'opus précédent. Et en effet les musiciens s’ingénient à élargir leur palette musicale, tentant de nouvelles atmosphères, de nouveaux sons, de nouveaux bruits. Mais John Zorn a choisi cette fois-ci une forme plus ambitieuse : l’Opéra (tout simplement…). Dans les notes de pochettes, le créateur donne sa vision de la chose : l’opéra était anciennement ancré dans la réalité quotidienne des hommes, il est aujourd’hui une représentation pompeuse et déshumanisée. Il présente donc le sien, à partir des nouveaux matériaux forgés depuis Moonchild. Dans le petit coffret contenant le cd, vous trouverez un livret présentant la structure de l’œuvre en 3 actes, eux-mêmes divisés en scènes. Il y est question de démons, de rituels inquiétants, et autres sornettes ésotériques. Une fois de plus, Zorn illustre son univers d’une iconographie bizarre, dérangeante. Cette apparente passion pour les déviances en tout genre ne m’a jamais intéressé, mais semble un ingrédient essentiel dans la fascination qu’exerce son œuvre pourtant difficile auprès d’un public étonnamment nombreux. C’est sans doute aussi avec ce genre de recettes qu’un artiste devient "culte"…
C’est en écoutant Astronome que j’ai senti à quel point la structure cyclique, répétitive de Moonchild, en forme de transe cathartique, était efficace. Le concentré d’énergie se dilue quelque peu dans ce qui se présente comme un récit musical. Zorn confie rêver de mettre en scène Astronome dans un théâtre underground new-yorkais, et nous invite, en attendant, à imaginer cette histoire. J'ai tenté l'aventure plusieurs fois, mais l'œuvre ne m’a rien conté, elle ne parle qu’à mes sens ; elle devrait à mon humble avis se contenter de cet objectif. L’ambition narrative me semble superflue et pesante.
Abstraction faite de cette réserve et des falbalas morbides ou ésotériques que ne peut s’empêcher de nous resservir régulièrement John Zorn, Astronome reste un complément passionnant à la réussite totale qu’est Moonchild.



Ci-dessous, Aleister Crowley, Edgar Varèse, et Antonin artaud:




















Vous trouverez deux extraits de Moonchild ICI et LA

 

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