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Home Littérature BOB O' NEILL- Variations scatologiques - Chapitres inédits - (3) Ame et corps

BOB O' NEILL- Variations scatologiques - Chapitres inédits - (3) Ame et corps

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On peut rendre son âme et rendre l’âme. Mais l’envie de rendre n’est en rien comparable à une envie de chier quand bien même ces deux éjections borneraient les issues de notre organisme. L’âme, Michel Ange le rappelle, doit se déplacer dans le souffle des voies aériennes supérieures. Ce qui se passe vers le bas est jugé indigne et vil. Et cependant l’association de l’âme et du corps s’impose. On la dit même chevillée au corps. Nous avons déjà parlé de « l’âme en pet ». La conception d’un souffle anal, vital, est prise très au sérieux dans la tradition populaire. Il n’est que de se rappeler l’île de Ruach de Rabelais où les habitants « meurent, les hommes en pétant, les femmes en vesnant. Ainsi leur sort l’âme par le cul » (1).

Ruah en hébreu, nous le savons , signifie souffle créateur. Alors pourquoi ne pas émettre l’idée que la création du bigbanganalmonde se fasse dans un grand big bang péteux. C’est ce qu’avance l’astrologue Nostradamus lorsqu’il proclame que sans cul on ne fait rien. Savez-vous pas que c’est la base et le vrai milieu du corps, le mignon de l’âme ; d’autant que, s’il ne se porte bien, et que ses affaires soient incommodées, elle s’en déplait et s’enfuit par là (2). Il s’agit d’admettre que celui qui t’aime vraiment est celui qui supporte les relents des souffles de ton bourbier initial. « Celui qui t’aime vraiment est celui qui aime ton âme » dit Platon dans « le Banquet ». On peut croire alors que l ’âme est une partie subtile, volatile, aérienne du corps qui ne se serait pas trop souillée au contact de la bassesse : l’âme c’est du corps angélique, sexuel aseptisé ; une légèreté attirante et fécondante. Et Plotin (3) dénonce l’inclination de l’âme vers le bas qui risque de la perdre dans l’impureté du corps « bourbier obscur, région de dissemblance, mal en soi … ».

saudekassEn quoi donc notre souffle du haut serait-il plus aimable et désirable que les émanations du corps du bas et les musculatures fessières, anales, périnéales et pubiennes ? La rencontre, l’attrait et la reconnaissance de deux amoureux se fait le plus souvent par l’envie d’un échange élevé, pulmonaire, respiratoire et salivaire. C’est généralement par la parole et le baiser, bouche ouverte, où une joute des langues s’instaure, que naît le désir et l’excitation des sens.. (…) l’entonnoir du cul est la bouche. Et de fait, tout ce qu’on apprête de plus friand n’est enfin que pour faire de la merde avec les dents. (Nostradamus, cité par Claude Guillon.). L’homme se prête à des préliminaires buccaux de l’amour. On peut remarquer que le fait de se donner du bec n’est pas l’unique rapprochement qu’on peut faire entre l’ornithologique, l’angélique et l’humain : la musique, la vocalisation et souvent la danse entrent en compte dans les pavanes courtisanes et amoureuses. A l’opposé, chez la majorité des autres animaux, c’est l’anus qui apparaît souvent comme facteur essentiel d’attraction. Le chien, par exemple, s’il ne méprise pas totalement la truffe de son partenaire, ne peut le reconnaître et l’accepter que pour autant qu’il ait, au préalable, flairé et exploré systématiquement le trou du dessous de sa queue.

Chez l’homme aussi, il existe souvent des histoires sans paroles où l’on trousse sans délai et met très vite et hardiment la main au cul, aux fesses ou dans la braguette de l’objet de la convoitise. C’est une technique très excitante. Elle a de grands mérites et avantages. Mais aussi on y court de grands risques. L’animalité du corps est toujours soupçonnée de grossièreté malséante. Certes, avant tout, il y a « ce grand trou qu’on appelle âme » (Robert ameetculMusil) qui attire le corps pour mieux l’engloutir, l’asservir. Nous sommes aspiré par la propre obscurité de nos nuits intérieures comme par un trou noir. Notre corps semble dominé par sa constante production d’anti-matière. Se questionnant sur « le siège de l’âme », Claude Guillon nous rappelle que, selon Sartre, une bonne partie de notre vie se passe à boucher des trous. Il nous rapporte en outre que « L’Etre et le Néant » devait s’intituler primitivement « Physiologie du trou » et puis « L’Etre et le Trou ».

Ces relations troubles et troublantes de l’âme et du corps et les problèmes psychologiques et charnels qui s’ensuivent semblent avoir grevé le passé et devoir entraver les cheminements de l’amour. Qui de nous n’a jamais ressenti ces tiraillements insupportables, insurmontables des vicissitudes de l’amour et de la passion du désir ? Michel Foucault (4) évoque « une âme » qui habite l’homme et le contraint à l’existence : (…) L’âme est une pièce dans la maîtrise que le pouvoir exerce sur le corps. L’âme, effet et instrument d’une anatomie politique ; l’âme, prison du corps. Et Dominique Laporte de s’interroger si, pour l’Occident chrétien, le corps ne serait pas une « bonne merde » récupéré par tout un système de valeur mercantile ? une merde qui n’est pas seulement à épurer, elle est cela qui purifie. Elle purifie parce qu’elle est esprit, âme. Et parce que corps volatil ; l’âme n’est rien qu’un morceau du corps, qui de celui-ci se détache. (op. cit. p. 130).

René Nelly montre (5) comment, à l’issue des Croisades, la Courtoisie Arabe - (on pensera au fondamentalisme actuel !) - transforme l’amour en une communion spirituelle totale ou les corps se trouvent entravés. Les mythes du cœur se créent. La chasteté fait la preuve de la supériorité morale de l’amant. L’amour au Moyen-Age est une gigantesque entreprise contre la misogynie et la tyrannie violente et brutale des pulsions troubadourd’un corps sale et indomptable. Elle est la seule érotique de caractère profane qui ait réussi, après l’avènement du Christianisme à s’imposer aux consciences et à exercer quelque influence sur les mœurs (…) dans l’histoire des sentiments. Amour courtois et amour chevaleresque créent un « désir pur », poétique. L’ « Enamourement » est amour de l’absence de la gente « Dame-jamais-vue ». La flèche ou le dard et le feu du regard lient et suffisent pour la vie. Le « Joi », sentiment qui précède l’amour, c’est le désir ardent qui reste toujours chaste et pur. Le « Fin’amors », enfin, est l’amour épuré, spirituel. Il est à la fois continent et charnel. Il célèbre le désir, jamais sa satisfaction. L’influence de cette éthique mystique affective se fait ressentir de nos jours dans un idéalisme qui s’exprime encore. En fait, pour le Troubadour, ce qui est sale en amour, c’est la satisfaction facile. Atteindre son idéal, c’est le dépasser. Le dévoiler consiste donc à la fois à le salir et le dénaturer. L’âme reste inatteignable. Elle reste blanche et pure comme la colombe. Il y a, véhiculé par le Catholicisme, à trop vouloir exhiber de preuves et de reliques, et à être trop prohibitif et coercitif, une certaine dose de vulgarité et de contrariété sexuelle qui pousse, à la fois, contradictoirement, à la condamnation de la passion physique et à son exaltation. Mais, comme le dit Pascal : « ropsavilaL’homme n’est ni ange, ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête ».

La frénésie charnelle, sous couvert d’une spiritualité débordante, est cependant une pierre de touche de la construction de l’acmé orgasmique de tous les grands mystiques. Sainte Thérèse d’Avila avoue que lorsqu’un ange vient la visiter, sous une forme corporelle (?), son extase est telle que son corps ne manque pas d’y participer à un haut degré (?). Elle jouit tout simplement, physiquement, et n’éprouve aucune honte à s’en flatter et s’en féliciter en termes sans équivoque : Il possède un long dard en or, dont la pointe en fer a un peu de feu à l’extrémité ; de temps en temps il le plonge dans mon cœur et l’enfonce jusqu’aux entrailles ; en le retirant il semble m’arracher le ventre et me laisse tout embrasée d’amour de Dieu, (…) et les genoux fléchissent, (…) en proie à un tel transport qu’on peut à peine respirer (…), et l’on baise la bouche du Christ dont émane une admirable et délicieuse odeur (…) (6).

Chez la femme, la jouissance charnelle allie, dans les crises mystiques, la spiritualité angélique de l’esprit saint à la violente virilité du vit divin. Michel Cazenave dans son livre sur Angèle de Foligno (7) nous décrit une expérience originale de « strip-tease mystique ». Angèle vit à Assise en 1291, le pays de sexchurchSaint François. Un beau jour, excitée, embrasée d’un grand feu intérieur, « si enflammée qu’elle ne pouvait pas faire autrement », elle se déshabille dans l’église, en public, devant la croix, et, dévêtue, offre son ventre, ses cuisses, ses fesses en sueur et ses seins palpitants, sans pudeur ni honte, à Jésus qu’elle prétend être son époux : elle se tient là, toute nue, frémissante, habitée par son brasier d’amour et de désir. Plus rien de corporel n’est sale, ni ridicule, ni interdit. Angèle, comme le dit Rabelais, de « femme folle de le messe, devient la femme molle de la fesse ». Et Michel Cazenave de conclure : (…) c’est l’érotique sensible qui est symbole ici-bas, et si l’âme est bien le pont de la chair et de l’esprit, il n’y a pas d’érotique qui ne passe par l’âme (…). (op. cité, p. 130).

Chez Swedenborg (8) nous retrouvons cette même idée que l’amour,ce bien suprême à l’image de la pureté de nos intentions, n’est plus altéré, flétri et corrompu dans un cœur de chair, où l’orage et le tumulte des passions l’ont dénaturé. (…) il faut laisser éclairer votre âme, qu’elle brûle, qu’elle s’embrase et qu’elle soit consumée à son tour de la flamme qu’elle aura allumée. Ou, comme le formule plus simplement Walt Whitman dans son poème « Je chante le corps électrique » (9) : Et si le corps ne fait pas l’affaire grandement autant que l’âme ?Et que le corps ne soit pas l’âme, qu’est-ce que l’âme ?

(1) Gaignebet, op. cit. p. 78. (2) cité par Claude Guillon, « Le Siège de l’âme,… » op. cit. p.63. (3) Ennéades, I, 6. (4) « Surveiller et punir, Naissance de la prison », Gallimard 1975, p. 34. (5) « L’Erotique des Troubadours », Privat, 1963. (6) « Vie écrite par elle-même », tome II, Stock 1981. (7) Pygmalion / Gérard Watelet, 1998, p.128. (8) « Traité curieux des charmes de l’amour… », op. cit. p. 58. (9) « Feuilles d’Herbes », p. 132. Mercure de France 1955

Mise en forme du texte et choix des illustrations par dkelvin

Illsutrations : 1) dkelvin ("big bang anal", montage), 2) jan saudek ("late late night show", photo), 3) dkelvin ("coeur et cul", montage), 4) inconnu, 5) Felicien Rops ("sainte thérèse d'Avila", dessin), 6) inconnu

Mis à jour ( Mercredi, 06 Août 2008 15:49 )  

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