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Home Bac à sable Listes des 100 Et là, qu'est-ce que ça 100 ?

Et là, qu'est-ce que ça 100 ?

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Et là, qu'est-ce que ça sent ?
Snif snif !
Ca sent bon la bonne galette. Les bonnes galettes même puisqu'en fait voilà un petit panorama de mes goûts musicaux à travers un choix drastique d'une centaine de galettes (donc) comptanboris vian - chansons possibles et impossiblest parmi mes préférées. Bien sûr, ça n'a pas été simple de privilégier tel album par rapport à tel autre, d'autant que je me suis limité à ne mettre qu'un disque par artiste, ce qui ne veut d'ailleurs pas dire que ces gens n'ont rien fait de mieux. Seulement voilà, à ce jour, ce sont ceux-ci mes préférés. Il manque bien évidemment des tas de disques essentiels, d'autres au contraire vont vous paraître anecdotiques (ah bon ?) mais bla bla bla et bla bla bla, trêve de cancanages inutiles, je vous laisse flâner dans ce dédale par vous-mêmes et bien sûr vous invite à découvrir ou redécouvrir tous ces disques, classés par ordre chronologique sauf un.


 

Boris Vian : Chansons Possibles, Ou Impossibles (1956)
Tût tût pouêt pouêt ! La grande force de ce disque, c'est qu'il parvient à traverser les années sans que ses textes n'aient pour le moins du monde perdu de leur verve d'une effrayante lucidité, tout en vous faisant ressentir l'incroyable vent de liberté qui soufflait ces années-là dans le Paris du jazz de Saint-Germain des Prés. De trompinettes en pianocktails, le dixieland respire la joie et l'insouciance pendant que le Poète chante la gravité avec un détachement emprunt d'une ironie faussement légère. Pour sûr, ça éclabousse loin le pied de nez à la bandeau 1hure des constipés !

John Coltrane : Olé Coltrane ! (1961)
Ah lala ! Le dilemne ! Que dire sur ce disque sans paraître abscons ? Il y a le gars derrière ses fûts qui joue si légèrement qu'on dirait qu'il survole les toms et les cymbales pour mieux les faire chanter. Et puis ce type au piano qui ferait se dandiner le popotin d'une dinde de Noël en pamoison dans son plat en faïence. Et puis l'autre là qui impulse ses notes de contrebasse qu'on dirait qu'elle a mis des baskets ! Et puis alors le mec aux clapets qui récite des soufflés hallucinants comme d'autres récitent leurs tables de multiplication. Comme ça, l'air de rien, comme si c'était facile, sans esbrouffe, sans effort, à l'aise Blaise, allez vas-y John, l'important c'est que ça sonne ! Ah ça pour sûr, ça entérine rude le divin dans une brochette de clapets !

Grant Green : Grantstand (1961)
Jack McDuff et son orgue moëlleux allié au son soyeux de Grant Green qui aligne les notes piquées comme une fillette aligne de minuscules perles sur un collier. Ce n'est ni du jazz-funk ni de la fusion, mais pourtant il y a un indéniable groove qui balance tout l'album dans une sorte d'apesanteur contrôlée et qui donne à cet album un côté funky bien avant l'heure. Du jazz oui, mais un jazz charnel, un jazz qui pulse, tout en rondeurs, fluide et sensuel. Et puis dites, c'est Yusef Lateef le souffleur ! Ah la belle équipe ! Pour sûr, ça liquéfie loin le bringuebalant dans ses désirs lubriques !

Yusef Lateef : Eastern Sounds (1961)
Une quiétude légère épanche des fragrances orientales dans ce disque où Yusef Lateef atteint des sommets, à la fois en tant qu'instrumentiste mais aussi en tant que compositeur. Arrangements mirifiques, sonorités limpides, cet album est une source de jouvence auquel il fait bon venir étancher sa trompe d'Eustache assoifée de délicatesse mélodique. Pour sûr, ça tartine sec l'apothéose sur une tranche de foie gras !

Archie Shepp : The Magic Of Ju-Ju (1967)
Première face, premières secondes : les tambours se mettent en branle en un rythme savant qui racontent l'Afrique en pulsations répétitives pour mieux amener la transe. Se greffe alors dessus le ténor libéré et foldingue de Shepp, qui fait vibrer son instrument en un long cri de révolte, à la fois dénonciateur et libérateur. Pas besoin d'autre instrument, juste répercuter les battements de coeur de l'Afrique Noire au plus juste, au plus sec, au plus vrai. Encore plus efficace qu'un long discours, ce disque à lui tout seul est la plus virulente expression de tout un peuple, condensée en une quarantaine de minutes intemporelles. Pour sûr, ça tapisse loin les fleurs multicolores sur les crânes ancestraux !

Jethro Tull : This Was (1968)
Avant de devenir un chantre du progressif rural, Jethro Tull a étalé sur son premier album l'origine de ses sources : le blues. Ian Anderson a déjà sa voix typique, quelque part entre Don Van Vliet et Kevin Coyne (oulala !), il y excelle à l'harmonica et bien sûr, sa flûte commence à sérieusement virevolter en bourées déstructurées. This Was est un album de blues décalé, rustre, taillé à l'os, où les prémices d'émancipation prog se font déjà sentir au milieu du son typique de fin sixties. Pour sûr, ça envoie loin le charpagnate remiser ses guenilles !

Roland Kirk : The Inflated Tear (1968)
Etant donné la puissance de souffle phénoménale du bonhomme lui permettant de répandre des notes dans trois saxophones à la fois, je n'ose imaginer ce qu'il aurait pu concevoir comme pièces s'il avait été souffleur de verre. Ceci dit, on s'en fout complètement. Par contre, ce qui est important, c'est de savoir que ce disque est un vrai florilège de morceaux d'une constante créativité. Le gars ici n'hésite pas à ajouter quelques effets par adjonction de petits bruitages, se sert d'une flûte avec tant d'audace que Ian Anderson (Jethro Tull) n'aura de cesse de piller son jeu et prend des solos de sax en sinuosités pleines d'ivresse sans même prendre le temps de respirer. Tout simplement époustouflant. Pour sûr, ça envoie loin l'éolienne dans la anche en roseau !

Procol Harum : Shine On Brightly (1968)
Les orgues hantés, le chant expressif, les pleurs de guitare, tout ici confère à faire de ce chefbandeau 2 d'oeuvre du prog un album délicieusement mélancolique, loin de toutes fastes pompières mais néanmoins emprunt d'une grandiloquence coulante comme un débordement de miel sur les parois du pot. Pour sûr, ça expectore loin la musicalité aux portes du palais !

Savage Resurrection : Savage Resurrection (1968)
Comment un groupe peut-il faire de chacun de ses disques un chef d'oeuvre ? La réponse est simple et sans appel : en ne faisant qu'un seul album en tous points parfaits. L'écriture, le son, la durée, l'enchaînement, tout doit couler comme l'évidence. Savage Resurrection a publié son disque comme des milliers d'autres groupes à cette époque foisonnante, mais il fait partie du bien plus petit nombre de groupes qui ont réussi à immortaliser sur la cire, toute la florissante et jouissive extase du rock psychédélique à l'américaine. Les vocaux sont d'une parfaite maîtrise, la basse est tendue et virevoltante, la batterie cogne tout en finesse et les guitares ! Ah ! les guitares ! Il y en a partout ! À droite, à gauche, au centre, elles jacassent sans retenue, s'interpellent, se répondent, se répandent et balafrent les écoutilles comme les arabesques mouvantes et épaisses d'une lampe lava aux couleurs orange acide.

Kevin Ayers : Joy of a Toy (1969)
Ecouter cet album, c'est un peu comme se promener sur une brocante lunaire. Des brics et des brocs aux couleurs écarlates étalées en un joyeux bazar agencé par le hasard. Et puisque selon certains, le hasard n'est autre que la manifestation du divin, je vous laisse deviner combien ici toute la magie opère... Pour sûr, ça tambourine loin la clé de sol jusqu'à l'île au trésor !

Burnin Red Ivanhoe : M144 (1969)
Largement méconnu, les groupes danois des seventies ont pourtant publié des disques éblouissants, tel ce double album bourré jusqu'à la gueule de titres accrocheurs où les claviers roucoulent, les saxos clapotent et les guitares s'ondulent. Le chant, parfois en danois, reprend les caractéristiques de cette langue gutturale qui donne un côté vilain troll à l'ensemble. En tous cas, ça n'a rien à envier aux productions anglaises de la même époque et pour sûr, ça envoie loin le drakkar sur des torrents de mousseuse !

Captain Beefheart And His Magic Band : Trout Mask Replica (1969)
Un gars qui se présente sur une pochette avec un masque de truite et coiffé d'un chapeau surmonté d'un volant de badmington ne peut décemment pas proposer un album conventionnel. Dans ce véritable foutoir démentiel patiemment organisé, le Capitaine Coeur de Boeuf expulse son trop plein de blues en vingt-huit crachats trachéiques et son Magic Band est un conglomérat de musiciens tellement talentueux qu'ils arrivent sans peine à donner corps et crédit à ces folies d'un autre monde. Comptez néanmoins une bonne centaine d'écoutes avant de cerner la chose mais dites vous bien aussi que même avec deux rotations par semaine pendant un siècle, vous n'en viendrez toujours pas à bout. En fait, cette double galette est repoussante d'une manière si obliquement géniale qu'elle en devient absolument captivante tellement son mystère vous taraude. En tous cas, pour sûr, ça va vous clouer la belle-mère loin dans son placard jusqu'en 4014 ! (au moins).

creedence clearwater revivalCreedence Clearwater Revival : Cosmo's Factory (1969)
Si le gars qui pédale sur la pochette cherche à fuir les crocodiles du Bayou, alors mieux vaut tout de suite lui précommander des prothèses. Chaud et claquant comme un coup de crocs, ce disque est une leçon de rock à l'état pur. Pour sûr, ça envoie loin le steack saignant dans les oreilles !

Terry Riley : A Rainbow In Curved Air (1969)
Des orgues en re-recording, des travaux sur bandes magnétiques et des saxos. Dit comme ça, ça peut paraître austère mais en fait pas du tout. Musique cyclique, débauche de sonorités bulleuses comme la soupe d'un chaudron bouillonant, empilement de boucles, ce disque est un vrai bouquet de fleurs pour les oreilles. Et malgré le son vintage des orgues, ça n'a pas pris une seule ridule, fusse-t-elle d'obédience microscopique, voire nanographique. Pour sûr, ça envoie loin la tête en plein aquarium !

The Stooges : The Stooges (1969)
Les guitares sont pleines de fiel, Iggy chante avec toute l'insolence propre aux cancres, We Will Fall est une longue dérive lysergique lancinante et grinçante comme une vielle à roue et le reste est aussi cyclique que la course d'une moto sur le macadam. Cet album diffuse dans les enceintes des odeurs de pétrole et de cambouis mêlés et exhibe la rouille comme seule couleur possible. Pour sûr, ça boulonne vite la mauvaise vie en haut du piédestal sacré !

Xhol Caravan : Electrip (1969)
Ca commence par un coup de chasse d'eau et ça termine par un claquement sec. Entre temps, c'est une débauche de saxos en liberté, des orgues qui grondent, des sons stridents, quelques passages chantés, une basse rabot, quelques effets sonores aussi, dont un dialogue entre deux souris de cartoon sous hélium. Quelque part à la croisée du krautrock, du free jazz et de l'exubérance façon Soft Machine, pour sûr, ça envoie loin les étincelles chatouiller le whallala !

Amon Düül II : Yeti (1970)
Guitares épileptiques, martèlement des peaux, débauche sonore, hurlements de louve, abyssaux abysses de géniaux délires, ce double-album est à lui seul un véritable abécédaire du Germain Krautrock. Pour sûr, ça fauche d'un coup l'abominable homme des neiges au creux des casques à pointe !

Armaggedon : Armaggedon (1970)
Des albums de heavy prog il en existe plein. Celui-ci en est un de plus, efficace, accrocheur et bien troussé. Pourquoi sa présence ici ? Et bien en fait, il se trouve que je l'adore. J'aime cette basse et ses pulsations de grosse gomme creuse et j'aime cette guitare omniprésente à la sonorité rêche et aquatique. Parmi les titres proposés figurent deux reprises (Jeff Beck et Spooky Tooth) parfaitement intégrées au son du groupe, vieux, sale, comme recouvert de gadoue. Mais ce disque a un je ne sais quoi dans sa continuité qui fait que j'y reviens régulièrement, sans lassitude mais toujours avec beaucoup de plaisir. Ce qui justifie pleinement sa place ici et montre encore une fois au passage que les groupes allemands n'avaient décidément rien à envier à leurs homologues anglo-saxons ou américains de l'époque. Pour sûr, ça dégoise loin les roubignolles à pétanquer le cochonnet !

bitches brewMiles Davis : Bitches Brew (1970)
Le double-album séminal de toute la passionante période électrique de Miles Davis. Porté par des musiciens tous plus prodigieux les uns que les autres, le trompettiste économe réussit à transformer chacune de ses notes en frissons instantanés. Les improvisations s'étirent sans jamais lasser, allument des braises dans les enceintes et démontrent au passage l'incroyable ouverture d'esprit et la créativité hors-normes de ce génie du jazz, ou plutôt de la Musique avec un grand M. Pour sûr, ça galvanise haut les pistons sur les plages sablonneuses !

Demon Fuzz : Afreaka ! (1970)
Véritable graal pour dingos de funk psyché, ce disque à l'époque sorti chez Dawn se pose comme un sommet du genre. Guitares sanguines, giclées de sax, dégoulinures d'Hammond, le tout porté par une rythmique au groove impeccable. Pour sûr, ça dépote bien les crêpus jusque sous la cagoule !

Free : Fire And Water (1970)
Absolument immanquable, ce chef d'oeuvre du rock anglais seventies est une claque magistrale de savoir-faire. Outre le tube imparable qui clôt cet album, le disque est un défilé de chansons taillées dans le roc, brutes, efficaces, sobres. Et puis la guitare de Paul Kossof, c'est quand même quelque chose ! Voilà un gars qui place chaque note seulement parce qu'elle est utile, qui prend des solos sans débordements, sans esbrouffe, d'une concision les rendant encore plus percutants et remarquables que s'ils avaient été étalés et dilués. Pour sûr, ça pétrifie loin la tachychardie jusqu'aux ridules atrophiées ! (ne cherchez pas, ça ne veut rien dire).free your mind and your ass will follow

Funkadelic : Free Your Mind... And Your Ass Will Follow (1970)
Toute la folie démesurée de George Clinton et sa troupe d'allumés enfermés en studio pour enregistrer sans retouches ce qui sort de leurs cerveaux imbibés d'acide. La stéréo prend ici toute sa dimension, la guitare saigne vos tympans en longues coulées catatoniques et au final, on ne peut s'empêcher de penser que si le Can de Monster Movie et Tago-Mago avait joué du funk, le résultat n'aurait sûrement pas été très éloigné de ce buvard sur disque. Pour sûr, ça vous perfore les oreilles à grands moulinets de chignole électrique !

Groundhogs : Thank Christ For The Bomb (1970)
Tout ce qui fait la saveur incomparable du rock des seventies est tartiné sur ce disque avec une classe insolente. Tony McPhee et sa guitare incisive qui n'en fait jamais trop, la basse chaloupée et solide, les compositions taillées dans le granit, cet album est tout à la fois rugueux et tendre. Pour sûr, ça parachute à pleines vasques les fleurs de pavot sur les champs de bataille !

Jimi Hendrix : Band Of Gypsys (1970)
Après les extravagances psychés de l'Experience, Hendrix retrouve les chemins du blues. Enfin le chemin de son blues à lui, celui dont les rocailles sont des météorites et les herbes en bordure comme autant de cheveux d'anges. Billi Cox et Buddy Miles sont les métronomes et Jimi déballe le grand son en giclées de feeling. C'est la nouvelle année le soir de ce concert mais Jimi lui s'en fout, il décroche l'espace-temps de son horloge terrestre et s'en va tutoyer les étoiles sur des arcs électriques. Pour sûr, ça replace bas le tapis d'Aladin au niveau des paillasses !

pattoPatto : Patto (1970)
La batterie tout en finesse et sauts de cabris sert de charpente en or à la musique de Patto, véritable groupe culte du rock anglais seventies dont le manque de reconnaissance est sans doute une des plus grandes injustices du monde de la musique. Avec ses épanchements légèrement jazz et ses ancrages blues, la musique ici projetée est un bonheur perpétuel. La voix râcloir de Mike Patto emporte les morceaux avec une force inouïe et le génial Ollie Halsall épanouit sa six-cordes prodigieuse en des myriades de solos éclairs à l'éclat éblouissant. Pour sûr, ça percute loin la gifle ancestrale sur la face des godelureaux !

Soft Machine : Third (1970)
En quatre longs morceaux chuintant les digressions comme le salpêtre envahit les vieillesthird bicoques, la Machine Molle répand un jazz qui n'en est pas vraiment un puisque ça sonne comme du rock qui n'en serait pas vraiment tout en exhalant des ondées psyschédéliques qui ne le sont pas vraiment. Une musique unique, fortement addictive et aussi cérébrale qu'elle n'est pas cérébrale pour deux ronds. Bref, l'album parfait d'un genre qui n'en est pas vraiment un, et la dernière contribution de Wyatt au sein du groupe sous une mirifique lune de Juin. Pour sûr, ça hypnotise loin la matière grise jusqu'aux rugosités bouillantes !

Spirit : Twelve Dreams of Dr Sardonicus (1970)
Un album comme un patchwork orange et mauve cousu avec du fil de chanvre, que des éclairs électriques viendraient déchirer en un savant salmigondis kaleidoscopique. Pour sûr, ça irradie loin les chevelures hirsutes !

T2 : It'll All Work Out In Boomland (1970)
Que cet album soit demeuré aussi méconnu à l'époque où il est sorti est un mystère total. Servi notamment par les cavalcades ébouriffantes d'un jeune gratteux de dix-sept ans, les olibrius responsables de ce phénix du heavy prog avaient décidément tout compris. Urgence crimsonienne mêlée de rondeur canterburyenne, des breaks à foison à mille lieues des clichés, une puissance phénoménale, et pour hisser le tout encore un cran plus haut dans l'exaltation, une trompette limpide qui radine ses pistons aussi sporadiquement qu'efficacement. Pour sûr, ça dépote loin les croquignols en plein dans la fournaise !

Can : Tago-Mago (1971)tago mago
Un double-album comme ça, vous n'en rencontrerez qu'un dans votre vie entière ! Un batteur en forme de métronome, un bassiste en forme de chewing-gum pré-mâché, un guitariste en forme d'économe en tungstène lysergique, un clavier en forme de train fantôme et un chanteur en forme de psalmodieur céleste ! Pour sûr, ça envoie loin le gyroscope dans la fiole des chimistes !

in the land og frey and pinkCaravan : In the Land of Grey and Pink (1971)
Il n'y a pas qu'Edith Piaf pour voir la vie en rose ! La preuve en est ce véritable chef d'oeuvre sauce Canterbury au sein duquel la basse ronronne comme un gros matou et où les autres instruments dansent une ronde guillerette sur un velouté d'asperges. Pour sûr, ça envoie loin la féérie jusqu'au coeur de la nef !

Centipede : Septober Energy (1971)
Le nombre d'individus patentés d'importance présents ici dépasse de loin les flasques cellules bordant votre imaginaire. Ca hurle, ça couine, ça claque, ça grince, ça rêve, ça s'énerve, ça chahute, ça joue, ça temporise, ça souffle, ça réchauffe, ça refroidit, ça tapote, ça fait tout ce que vous voulez bien entrevoir, mais ça le fait bien. Très bien même. Quand les anglais se la jouent jazz, le free se sert un thé et devient une affaire de gentlemen.

Guru Guru : Hinten (1971)
Moins rugueux que leur premier album et moins 'composé' que leur légendaire troisième disque, Hinten est un torrent d'électricité à faire passer votre aspirateur pour une chorale de petits chanteurs. Pour sûr, ça stigmatise loin la camisole sur les lignes à haute tension !

King Crimson : Islands (1971)
Voilà probablement la période la plus décriée du Roi Cramoisi, à commencer par Robert Fripp lui-même qui ne la porte guère en son estime, au point d'en avoir littéralement gâché la publication live (Ladies Of The Road, double CD sorti en 2002) portant sur cet album, par des coupures honteuses et une sorte de saucissonade façonnée façon puzzle. Et pourtant... ce disque, Islands, possède un climat on ne peut plus envoûtant, avec ses choeurs irréels, ses éclairs de guitare, et la lancinance vaporeuse de ses thèmes. Pour sûr, ça répercute loin les cris hantés des fantômes jusqu'à la fosse d'orchestre !

May Blitz : The 2nd Of May (1971)
Deuxième et dernier album pour ce groupe anglais qui nous entraîne ici dans une spirale dethe 2nd of may heavy prog parfaite d'un bout à l'autre. Il y a d'abord cette pulsation solide apportée par une basse scotchée au plancher, et puis surtout ces guitares au son juteux comme une viande rouge. On y ajoute un chant efficace et légèrement caverneux, quelques bruitages suggestifs par-ci par-là, une batterie toute en galipettes binaires, une production limpide qui fait ressortir chaque détail, et bingo ! Ca va vous faire taper du pied et vous donner envie de monter le volume en dépit des voisins ! Pour sûr, ça dépote bien son haricot dans la gadoue universelle !

Nektar : Journey To The Centre Of The Eye (1971)
Ce premier album du groupe n'a que peu voire rien en commun avec le restant de leur discographie. Alors bien sûr, on y retrouve qand même une patte sonore identique, une façon d'amener les choses semblable, mais plutôt que de nous servir un progressif aux couleurs heavy, Nektar déploie ici un véritable album de psychédélisme à tiroirs. Chaque morceau s'enchaîne au précédent et déploie ses mosaïques scintillantes comme les tentacules mouvantes d'une pieuvre scélérate. Le son d'ensemble y est fier comme du vinaigre, les ruptures sont découpées et cadencées comme dans un songe, bref, ça révulse loin les pupilles dilatées jusqu'au Soyouz neuronal !

Pink Fairies : Never Never Land (1971)
À la fois emprunt de rage et de mélodie, des guitares vagabondes en perpétuel orgasme, les Pink Fairies ont accompli là un véritable chef d'oeuvre dans un style absolument unique que l'on pourrait qualifier de space punk. Pour sûr, ça renvoie loin le pays imaginaire dans un décor de cave !

Sly & The Family Stone : There's A Riot Going On (1971)
Utilisant des bandes enregistrées, effacées, puis réenregistrées, rééfacées et ainsi de suite des centaines de fois, Sly Stone a fini par donner à ce disque un son particulier, pleurant et scintillant, un peu sale, un peu brouillon, mais qui en fait s'harmonise parfaitement avec ce funk poisseux et marécageux dans lequel la guitare couine comme une vieille lame de scie, où la basse invente le slap en direct, et où viennent s'échouer des grooves polymorphes en lumières blafardes. Pour sûr, ça fait crisser loin les blattes sur des coulées de sueur !

Keith Tippett Group : Dedicated To You, But You Weren't Listening (1971)
Le jazz diffusé sur ce disque est un jazz complètement extraverti, foisonnant, scintillant, libre et conquérant. Les cuivres s'empilent comme des couches de mille-feuille, le piano déroule des guirlandes de notes rondes et dérapantes et les morceaux laissent éclater leurs structures pour mieux laisser filtrer les rayons de soleil irradiés par cette musique. Pour sûr, ça va vous bronzer l'épiderme mieux que 37 séances d'UV !

flyingUFO : Flying (1971)
Avant de devenir un combo métallique aux acquointances plombées, UFO jonglait avec des bouts d'étoiles dans la marmite céleste. Véritable dédale pour guitare marmelade, ce disque est la débroussailleuse stellaire pour tympans cosmonautes. Pour sûr, ça propulse loin la wah-wah jusqu'aux comètes chevelues !

Van Der Graaf Generator : Pawn Hearts (1971)
Voilà probablement un des disques les plus tourmentés qui soit. Rempli d'urgence, de folie, de sinuosités pernicieuses et de furies epileptiques. Peter Hammill déploie ici toute la force de son chant en excès salvateurs, alors que le groupe perfuse en sous-jacence une violence forcenée. Pour sûr, ça lobotomise loin les gyrophares outranciers !

Wallenstein : Blitzkrieg (1971)
La guerre-éclair en direct dans les enceintes. Ca fuse de partout, les claviers ricochent d'un bout à l'autre en sons lasers, la guitare galope comme un feu follet hystérique, la batterie roule comme une chute de gravats, pour sûr, ça décore illico les oreilles avec des feux de bengale !

Khan : Space Shanty (1972)
L'unique album de ce groupe post-Arzachel et pré-Egg où le psychédélisme tendance progressive s'allie en une parfaite fusion aux sonorités veloutées typique Canterbury. Dave Stewart et son Hammond remue ses doigts sur les touches comme un poulpe agite ses tentacules, Steve Hillage chatouillent ses cordes en sonorités douces comme une vinaigrette à l'estragon, les morceaux sont remplis de cassures mais restent néanmoins constamment mélodieux, bref, de la très grande cuisine comme il ne s'en fait plus depuis lurette. Pour sûr, ça agite bien sa spatule dans la tambouille d'hélium !

Mandrill : Mandrill Is (1972)
Les cols pelle à tarte, les platform boots, les lunettes grosses comme la face, les boules à facettes, les roadsters rutilants, les pattes d'eph' à paillettes, les feuilletons cultes... Le funk de Mandrill est la représentation parfaite de toute cette glorieuse époque d'exubérance. Les cuivres éclaboussent, les percussions apportent des touches de fièvre endiablée, la basse est absolument énorme. Construit en grooves puissants où s'intercalent quelques passages atmosphériques, Mandrill Is condense en une musique jouissive, la force pulsative du funk et les fastes improbables du prog. Pour sûr, ça galipette loin les australopithèques dans les jungles touffues !

Klaus Schulze : Irrlicht (1972)
Avant de chercher à devenir le Wagner des claviers synthétiques, l'homme responsable de cette chose usait de ses dix doigts pour produire une ribambelle de nappes ténébreuses flanquées d'outrecuidances extraterrestres à faire claquer des dents l'homme de Roswell lui-même ! Pour sûr, ça fricote loin l'adrénaline aux portes du cauchemar !

War : The World is a Ghetto (1972)
Yo man ! Les kids de San Francisco sont couleur chocolat et déboulent d'un roadster en habits du soleil pour faire suer à grosses gouttes tous les accrocs des rampes de spots ! Oui mais ils savent aussi calmer les foules en se donnant des faux airs de roucouleurs, l'harmonica scotché sur l'émail dentaire. Pour sûr, ça propulse loin le ghetto black au Panthéon des Grands Hommes !

Frank Zappa : Waka Jawaka (1972)
Le jazz fusion de Zappa est un véritable feu d'artifice pour oreilles décoincées. Ca gicle de partout comme mille geysers, ça rebondit dans tous les sens, c'est à la fois mélodique et complexe, sérieux et délirant et on ressort de ce disque avec un sourire béat jusqu'à la calvitie. Pour sûr, ça catafalque d'emblée l'impossible sur les rails du plausible !

Kevin Coyne : Marjory Razor Blade (1973)
D'abord il y a cette introduction a capella, poignante, habitée. S'ensuivent alors une ribambelle de blues décalés, essorés, arrachés à la vie. De sa voix nasillarde au point que les ignorants se demandent si le disque tourne bien à la bonne vitesse, Kevin Coyne aligne des chansons parfaites, fait se tordre les cordes de sa guitare comme si elles étaient les martyres de son être. Turpitudes électriques et déchirures acoustiques, pour sûr, ça remue loin l'émotionnel jusqu'au portail du grand art !

flying teapotGong : Flying Teapot (1973)
Laissez juste le temps aux gnomes de finir leurs gargarismes et allez hop ! vous voilà à bord d'une théière qui de trous d'air en trous d'air, vous chahutera le squelette jusqu'aux zygomatiques. Premier volet de la trilogie Radio Gnome Invisible, ce disque est la jonction parfaite entre la fraîcheur intemporelle d'un camembert hallucinogène et la flambée céleste des queues de comète en pleine super-nova. Pour sûr, ça envoie loin la bonne humeur jusqu'à la pamoison !

Herbie Hancock : Sextant (1973)
Attention les p'tits gars, veuillez chausser vos palmes et vos tubas avant d'entrer ici. L'équipage vous embarque à bord d'un sous-marin musical à faire danser le french cancan aux poissons-lune ! Bruitages étranges, groove incessant, claviers aquatiques, le jazz-funk gravé sur Sextant est le plus audacieux et ludique qu'ait jamais enregistré ce pygmalion de la touche d'ivoire. Bien mieux qu'Haddock, c'est Hancock, et ça n'est pas un hasard si cet album est l'un des plus samplés au monde. Pour sûr, ça éjecte loin le Capitaine Nemo jusqu'aux platines des deejays !

Henry Cow : Leg End (1973)
Véritable fer de lance du mouvement Rock In Opposition, le so British Henry Cow n'en peut plus de défricher encore et toujours plus, moult terrains cabossés où la rondeur harmonieuse d'une colline suit sans transition les pics acérés d'une montagne pierreuse. De cuivres électrogènes en sarabandes de guitares piquées, de chansons innocentes en enfilades de complexité rythmique, pour sûr, ça bouscule sec le tricot sur les orteils grouillants !

Rare Earth : Rare Earth (1973)
Rien que pour les dix-huit minutes de l'extraordinaire Ma, ce disque vaut de figurer ici, hautbandeau 3 lieu de la dinguerie sonore pour farfelus de l'étrier. La rythmique chaloupée attaque d'emblée ce long voyage avec sa ligne de basse aussi dépouillée qu'efficace. Elle ne bougera quasiment plus jusqu'au terme du morceau et contribue donc grandement à l'effet tourneboulant de la chose. Là-dessus, le piano clapote à la surface des plif plaf plouf chargés d'écho et la guitare grince et s'infiltre sinueusement en éventails acides pour qu'au final, on obtienne un morceau de funk psyché d'anthologie qui fera décoller haut les amateurs du genre. Et si en plus je vous dis que Rare Earth est le seul groupe blanc a avoir été signé chez Motown, j'espère que ça achèvera de vous achever, bande d'individus !

Todd Rundgren : A Wizard A True Star (1973)
La quintessence du collage sonore, la mosaïque multicolore du psychédélisme, la boule à facettes d'un cerveau de génie étalant à vos faces éberluées le contenu de sa malle aux trésors. Il y a dans ce disque autant d'idées que ce qu'un 38 tonnes peut contenir de champignons. Pour sûr, ça relègue loin aux oubliettes les fanfarons de la bidouille !

Slapp Happy : Acnalbasac Noom (1973)
De la pop décalée empruntant autant au jazz qu'au Rock In Opposition avec un côté cabaret renforcé notamment par la voix particulière de Dagmar Krause, sorte de Betty Boop qui aurait des crins d'archet en guise de cordes vocales. Les gens de Faust participent également à ce disque, mais curieusement lorsqu'on sait de quoi sont bâtis ces phénomènes, leur présence ne présage ici d'aucunes de leurs outrances coutumières. Qu'à celà ne tienne, cet album envoie haut le cuisseau des dames bien au-delà de la hauteur qu'atteint la cime de leur chignon !

Cosmic Jokers : Galactic Supermarket (1974)
Deux longs morceaux par d'éminents représentants du Krautrock, à savoir Manuel Göttsching (Ash Ra Tempel), Klaus Schulze (Tangerine Dream, Ash Ra Tempel et euh... Klaus Schulze), Jorgen Dollase et Harald Grosskopf (tous deux de Wallenstein) et Dieter Dierks (ingé son et producteur de Scorpions entre autres) à la basse. Le pire, c'est que ce super-groupe n'a jamais vraiment existé puisque l'on doit les albums de ce combo à Rolf-Ulrich Kaiser, l'homme-clé du label Cosmic Couriers, qui s'est servi des heures entières de musique enregistrées par ces zigues lors de fiestas sous LSD orchestrées par Timothy Leary lui-même, pour en construire des albums ! Probablement le plus abouti de tous, ce Supermarché Galactique n'est donc qu'un génial collage, ce qui vaut à Rolf-Ulrich Kaiser d'être le Teo Macero du Krautrock, sauf que contrairement à Macero, Kaiser a fait ça sans l'aval des zicos (le gredin). En tous cas, pour sûr, ça envoie loin les acides dans la choucroute garnie !

Peter Hammill : In Camera (1974)
Si l'on considère le Rock Bottom de Robert Wyatt comme étant le Yin, alors ce In Camera de Peter Hammill en est incontestablement le Yang. C'est vous dire la force émotionnelle de cet opus magistral, qui déploie ses drapures moirées aux ténébreux reflets jusqu'à la déliquescence totale de bruitages inquiétants, comme la déchirure à vif d'une âme tourmentée. Pour sûr, ça convulse fort l'épiderme jusqu'aux recoins des cryptes !

Lady June : Linguistic Leprosy (1974)
L'album de Lady June a été composé et produit par son ami Kevin Ayers qui d'ailleurs y joue aussi de la basse, de la guitare ou du piano. Venus participer aussi, Brian Eno et David Vorhaus. La Dame quant à elle récite ou chantonne ses textes aux coloris psychédéliques et on obtient alors un album de poésie musicale d'un apaisement total que l'on se plaît à déguster pour soi, égoïstement, en ressentant une joie semblable à celle d'un gamin croquant en cachette une plaque de chocolat fraîchement chipée dans la cuisine... Pour sûr, ça irradie direct la grâce suave jusque sur les papilles !

Albert Marcoeur : Albert Marcoeur (1974)
D'aucuns voit en lui le Zappa Gaulois, mais en vérité je vous le dis, le gars Albert a plus d'un lapin sous son chapeau. Perfectionniste notoire, cet ouvrier des sons élabore ses chansons en forme de saynètes huilées comme un roulement. Des textes uniques mettant en lumière toute la poésie du quotidien servis par des musiques en parfaite osmose avec le déroulement dramatique des histoires. Pour sûr, ça érige haut la pâquerette au musée des merveilles !

Meters : Rejuvenation (1974)
Le funk de la Nouvelle-Orléans dans toute l'irrésistibilité de son groove puissant et chaleureux. Tu flanques le diam sur la galette, tu rotationnes le potar à tribord toutes et pour sûr, même ton trisaieul dans son urne va rebondir comme un ballon !

bandeau 4Robert Wyatt : Rock Bottom (1974)
Une voix comme la fêlure d'une porcelaine orchestre à vos tympans la béatitude divine mise en sons. C'est filandreux comme un nuage, léger comme un bond de gazelle, chargé d'émotion comme un canal lacrymal. Pour sûr, ça remise loin les miracles de Lourdes jusqu'au tréfond des foirfouilles !

Harmonia : Deluxe (1975)
Poser ce disque sur sa platine, c'est comme remonter le mécanisme d'une boîte à musique aigrelette et naïve pour soutenir les accords et arpèges d'une guitare choucroute en station extatique. Et quand en plus un prodigieux batteur sous l'emprise d'un Guru Guru vient taper de la baguette pour pétrifier le temps, ça propage loin l'avant-garde jusqu'à l'intemporel !

Hawkwind : Warrior On The Edge Of Time (1975)
Les maîtres absolus du space-rock viennent ici dévergonder les chimères galactiques. Une rythmique terraquée, des synthés en apesanteur, une guitare sublunaire, un saxo filandreux et des textes de science-fiction ésotériques. Toute la magie céleste d'Hawkwind en longues guirlandes 3-D technicolor. Pour sûr, ça sanctifie sur place les frères Bogdanov au pays des sept nains !

Led Zeppelin : Physical Graffiti (1975)
D'accord ok il y a Page & Plant en oracles de la bonne tambouille, mais ce qui moi me scotche encore plus avec le dirigeable, c'est ce son sec, mat, puissant et net en grande partie dû à la frappe de Bonham, l'homme aux paumes cornées comme les pieds d'un pygmée, et que vient encore renforcer une production sans fioritures, brute comme un uppercut dans une mâchoire plombée. Et puis sur cet album, cette suite de morceaux impeccables qui cristallise à jamais le heavy prog sur les hautes cimes des cheveux d'anges. Pour sûr, ça déblatère loin la gaudriole aux confins des masures ! (Bruno n'a rien à voir là-dedans cependant).

Neu! : Neu! (3) (1975)
Neu!, c'est un peu la locomotive du Krautrock. D'une part parce que ce groupe est un fer de lance du genre, mais aussi parce que sa musique est comme ces gros monstres à vapeur, qui démarrent leur course lentement et finissent par atteindre leur vitesse de croisière dans un fracas métallique. Cet album est sûrement le plus accessible de leur discographie et enchaîne les titres concis à consonnance punk avec des morceaux plus étendus préfigurant bien avant l'heure les musiques électroniques, de part la motricité régulière de leurs rythmes et leurs inclusions de bruitages évocateurs. Défricheur, expérimental, le travail de Neu! n'oublie pourtant jamais d'être captivant, musical et fondamentalement intemporel. Pour sûr, ça rejette loin le carbone 14 au rang des inutiles !

Terje Rypdal : Odyssey (1975)
Le son légèrement empreint de réverb spécifique au label ECM au service de longues sarabandes vaporeuses. Ecouter ce disque, c'est comme retrouver la pureté originelle d'un décor de banquise sous un soleil d'acier. C'est contempler en silence la danse grâcieuse d'une patineuse sur la virginité glacée d'un lac gelé. Pour sûr, ça métamorphose fort les gerçures en radiateurs thermiques !

grover washington jrGrover Washington Jr : Mister Magic (1975)
Si l'on en croit la pochette, le gars Grover arrive directement de New-York jusqu'à votre platine à la nage. C'est déjà une sacrée performance en soi, mais ce qui est le plus fort, c'est que sans même le laisser se reposer, il va souffler ses notes jazz-funk dans un flot de grooves limpides avec une aisance déconcertante. Pour sûr, ça relègue loin Laure Manaudou au banc des lymphatiques !

Daevid Allen : Good Morning ! (1976)
Ecouter ce disque, c'est aussi relaxant que de s'asseoir dans l'herbe là-haut dans la montagne, et de contempler l'extraordinaire panorama en contrebas tout en discutant avec les moutons paisibles broutant dans les alpages. Petites espagnolades olé olé, tapis de glissandos à faire décoller au plafond un coussin afghan en poils de lama inoxydable, arrangements délicats sur carpette d'humour, ce disque est frais comme la perle de rosée matinale sur le gazon verdoyant, léger comme un pétale de marguerite, fragile comme un papillon jaune citron, bref, ça transbahute loin le dépenaillé jusqu'aux feux de bois du Larzac !

Faust : 71 Minutes (1976)
Le groupe culte par excellence ! Une musique sans aucune concession qui vous donne l'illusion d'écouter votre disque dans un caisson métallique. Bribes de textes improvisés au surréalisme improbable, mélodies accroche-coeur ou fracas démentiel, Faust est le plus underground de tous les groupes underground et le mieux, c'est que ça n'est pas fini. Pour sûr, ça envoie loin les tronçonneuses entre les strapontins d'honneur !

Picchio Dal Pozzo : Picchio Dal Pozzo (1976)
Du Canterbury transalpin, ça n'est pas tellement courant, surtout lorsqu'il est livré avec autant de maîtrise. Sonorités veloutées, chant aérien, basse rebondisssante avec en plus dans la musique, une touche d'humour subtil et enfantin absolument exquise qui rend le tout encore plus goûteux. Pour sûr, ça envoie loin la pizza quatre fromages dans la gueule des gargouilles !

Pulsar : Halloween (1977)
Il en fallait bien un dans ce style décrié, alors le voilà, je vous présente un vrai sommet dansbandeau 5 le genre rock symphonique. Ce groupe originaire de Lyon signé chez les anglais de Kingdom a ici laissé tomber les très fortes réminiscences floydiennes qui hantaient leurs deux précédents LP. À la place, ils nous balancent un concept album aussi romantique qu'une jeune fille en fleur en extase devant les promesses d'un effeuillage de marguerite, et aussi mystérieux que la visite d'un grenier truffé de vieilles malles sous l'éclairage de la pleine lune. Pour sûr, ça décalque loin les oreilles en confettis brumeux !

Steve Hillage : Green (1978)
Gorgée d'écho et de delay, la guitare d'Hillage joue les chenilles serpentines en longs zig-zags humides, les synthés sont un vrai jacuzzi en plein cosmos, la basse est funk et slappe ses talonnettes sur un lino en caoutchouc, pour sûr, ça expédie loin les p'tits gris se mettre au vert !

Magma : Attahk (1978)
Les deux molosses sur la pochette vous donnent déjà une idée de l'ambiance de ce disque. Basse cacochyme, batterie baramine, chants gutturaux, la zeuhl de Magma vrombit comme cent Harley sur le macadam. Pour sûr, ça pulse loin la démence jusqu'aux nappes phréatiques !

Gilli Smyth : Mother (1978)
Paru à la même période que les deux albums acoustiques de Daevid Allen enregistrés à Majorque, ce disque, le premier à être sorti sous le seul nom de Gilli Smyth, se situe exactement dans la même mouvance que ceux-ci. On y retrouve la même insouciance, la même fraîcheur, la même légèreté flottante leur conférant un parfum unique au charme enjôleur. Tout juste ce Mother se veut être un peu plus tendre, plus doux, plus sensuel, plus cotonneux, plus caressant, plus maternel, en un mot : plus féminin. Ce qui fait que cet album se pose à la jonction parfaite entre le Good Morning ! d'Allen et le Linguistic Leprosy de Lady June. Pour sûr, ça envoie loin le bébé joufflu dans les champs de coquelicots !

Heldon : Stand By (1979)
Musique cyclique aux climats polaires, urgence larvée, rythmique obsessionelle, les paysages électroniques d'Heldon dessinent des fresques oppressantes sur lesquelles vient s'imprimer la guitare toute en nervures et convulsions irradiées. Pour sûr, ça charrie loin la cybernétique sous l'aiguille en alerte du teppaz ancestral !

Siluetes 61 : Siluetes 61 (1980)
Voilà probablement l'album le plus dingo que j'ai jamais entendu. Le dadaïsme mis en sons. Des mélodies rigolotes, naïves, débiles même, jouées sur des instruments mal accordés ou cabossés par des types extraordinaires qui ont créé un univers inouï en utilisant kyrielle de bruitages inusuels pour bâtir des structures de morceaux. Des gars qui sifflent (mal) sous la douche, des qui croquent dans des concombres, des qui récitent des mots avec la conviction d'une huître... il y a dans ce disque au moins une idée nouvelle toutes les trois secondes. Cet album, c'est l'équivalent musical d'un dessin d'enfant. Bancal, coloré, innocent, maladroit, mais intensément poétique et expressif. Une source de joie irrésistible. C'est bien simple, si je le pouvais, je ferais encadrer cette musique pour décorer les murs de mon salon. Jamais rien entendu d'équivalent et même le son a un côté amateur qui devient ici un véritable atout. Du bricolage de génie qui envoie loin le grand guignol se déhancher sur l'esplanade !

Holger Czukay - Jah Wobble - Jaki Liebezeit : Full Circle (1982)
Un piano ascenseur, une basse en caoutchouc mou, une batterie comme un pendule, une guitare couinante, un cor anglais qui tape l'incruste et des myriades de bruitages et sons divers participent à l'élaboration de ce simili dub psyché en importation directe de Vénus. Pour sûr, ça téléporte loin le rastafari jusqu'à la Station Mir !

Debile Menthol : Emile Au Jardin Patrologique (1982)
En importation directe du pays des horloges, Debile Menthol déboule sur ce premier album avec toute sa gouaille joviale et décoincée. Nantis de violons, saxos et clarinettes en plus des instruments habituels du rock, le groupe nous offre une musique gaie et décalée, inventive et passionante, ludique, quelque part entre Etron Fou Leloublan et Talking Heads. Un véritable bonheur pour les oreilles extraverties qui fuient la sclérose tympanique en évitant de chausser des oeillères. Pour sûr, ça envoie loin le petit suisse dans le sillon des dingos !

Present : Triskaidekaphobie / Le Poison Qui Rend Fou (1980-1985)
Alors là les gars, autant vous le dire d'emblée : je triche un peu. En quoi ? C'est simple. Figurez-vous que je profite du fait que les deux premiers albums de Present ont été réédités en un seul CD, pour vous faire passer deux disques en un. Et paf ! Il faut dire que ces albums (qui n'en forment plus qu'un donc) sont extraordinaires. Imaginez la fantasmagorie d'Univers Zero, noire, tendue, suggestive, mais avec une instrumentation plus rock. Avec la guitare infernale de Roger Trigaux, grand serpentin électrique qui déchire les âmes en de longues sinuosités écorchées vives, un peu comme un Robert Fripp soudainement devenu bavard pour raconter les turpitudes malsaines d'un esprit torturé de noirceur câline. Cette musique vous prend littéralement aux tripes et vous garde en haleine jusqu'à suffocation. Cauchemardesque mais souveraine, dans le sens où tout le plaisir prend vie là où ça titille. Comme une déchéance acceptée, désirée. Pour sûr, ça plante profond les chandeliers au sommet des crânes osseux !

Art Zoyd : Berlin (1987)
Voilà le disque par lequel je suis entré dans l'univers des Musiques Nouvelles, terme inventé pour désigner le résultat d'un mélange de zeuhl, de RIO et de l'héritage classique laissé par Satie. Art Zoyd y a adjoint une spécificité en utilisant, particulièrement sur cet album, un éventail d'effets électroniques et de légers samples (de bruitages seulement). Violoncelle, piano, saxophones, basse et batterie au service d'une musique inquiétante, tourmentée, cyclique, macabre même, n'ayant de cesse de prendre l'auditeur à contre-pied et de le surprendre jusqu'au sursaut. Une voix de goule atrophiée vient encore ajouter à cette profusion de mal-être et au final, on obtient un disque-tragédie qui, pour sûr, envole loin les plumes d'autruche dans le goudron pâteux !

Camberwell Now : All's Well (1983-1987)
Et hop ! Ratapoum ! Ce disque qui fait office d'intégrale du groupe est tout bonnement magnifique. Quoiqu'en fait, le disque ne l'est pas tellement après tout (magnifique), mais c'est plutôt la musique qui s'y trouve qui l'est (magnifique). Quelque part entre This Heat et Hatfield And The North (gasp !) avec une envie palpable de briser les carcans et de déconfire les musicologues colleurs d'étiquettes. Du rythme, de l'invention, de l'audace, du savoir-faire, bref, un condensé de bonheur sur galette irisée. Pour sûr, ça envoie loin les sons de casseroles se mirer au firmament !

bandeau 6Legendary Pink Dots : Any Day Now (1987)
Comme un joaillier taille les pierres pour en faire ressortir leur éclat, les Pink Dots élaborent leur musique en vrais maîtres-artisans. Sculptés dans la calcédoine, leurs morceaux aux mélodies toujours belles à pleurer, transpirent d'un romantisme exacerbé d'une tristesse délicieuse. Cet album me renvoie des images de Pierrot ayant perdu sa Colombine, de vieilles poupées de porcelaine jaunies, fissurées, brisées par le temps. Je pense aussi à la mélancolie d'une fête foraine désertée des enfants, à l'écriture belle et emportée des écrivains du XVIIIe, à la tourmente insidieuse de cauchemars nébuleux. Fourmillant de petits détails, de croche-pieds, de sons étranges et inattendus, cet album alliant le psychédélisme à la froidure d'une new-wave émancipée va hanter vos esprits de ses sceptres ricanants. Pour sûr, ça envoie loin le vague-à-l'âme câliner le soleil !

Mike Oldfield : Amarok (1990)
Voici un album unique dans l'expansive discographie de Michel Vieux Champ. Oubliez les longues plages ambiant à la Tubular Bells, oubliez aussi les popisations accroche-coeur style Moonlight Shadow puisqu'en fait Amarok, c'est un seul morceau de 60 minutes construit comme une boule à facettes. Ce disque est fait de multiples petites séquences autour d'un thème dans lequel une pléiade de bruitages se font entendre. Genre des bruits de pas, de la vaisselle qui casse, un gars qui baille, un autre qui se brosse les dents, de l'eau qu'on verse dans un verre, un R2D2 qui raconte sa joie, des petites cuillères, des sifflets, and so on. Musicalement, les mélodies sont absolument sublimes, on y ouït au moins 68,54 sons de guitare différents, de l'africanisme en tam-tam, du celtisme en flûtiaux et bien sûr plein d'autres choses encore, dont les fameuses cloches tubulaires. Bref, c'est un vrai labyrinthe au pays des rêves et pour sûr, ça envoie loin la ribouldingue dans le giron du gigantisme !

Didier Malherbe : Zeff (1992)
À peine soutenu par quelques percussions, Didier Malherbe use ici de multiples instruments dans lesquels souffler pour rendre hommage au vent, cet "infatigable voyageur". Ici la musique se veut légère, ondulante, cabotine, et distille quelques effluves ethniques à demi suggérées. Une prise de son limpide permet de saisir chaque souffle, chaque respiration et Malherbe, guilleret comme un bambin, s'amuse à jongler d'une flûte à l'autre, d'un tuyau de plastique à un roseau. Pour sûr, ça promène loin les farfadets dans les sous-bois printaniers !

Shiny Gnomes : Yours Gnomefully (1992)
Quelque part entre la pop décalée de Kevin Ayers, le psyché West-Coast de la fin des sixties et la gouaille joyeuse des Pixies. Mélodies imparables, évidence limpide, arrangements ludiques, brusques avalanches de fièvre, errances célestes, pour sûr, les Shiny Gnomes renvoient loin le Stetson à l'étude chez les ufologues !

Dinosaur JR : Where You Been (1993)
Si Neil Young mâchait un bubble-gum en digérant son Xanax, il chanterait alors à peu près comme J Mascis. À moins que finalement, ça ne soit J Mascis qui chante à peu près comme Neil Young ! Des mélodies en veux-tu en voilà, une guitare reine des pipelettes en forme d'omelette baveuse, pour sûr, ça envoie loin l'électrochoc dans la purée visqueuse !

live 93Orb : Live 93 (1993)
Pour faire flotter en l'air un aussi gros mouton, les gars de The Orb s'y entendent à merveille en matière de planance vaporeuse. Et pour ça tout y passe : des motos, des boules de billard, des cowboys en apesanteur, des oiseaux, des crapauds, des chiens, des ruisseaux qui s'écoulent, vous entendrez de tout sur ce disque et même de la musique ! Pour sûr, ça envoie loin les afters sur des coussins d'hélium !

Trance Mission : Trance Mission (1993)
La musique du groupe emmené par la clarinettiste Beth Custer (dont le nom rappelera peut-être quelques souvenirs aux amateurs de Soft Machine), dispense des pièces instrumentales où les percussions en tous genres tapissent un décorum aux souffles rauques d'un didgeridoo disert en reflux gastriques mélodieux, et aux clarinettes ethno-jazz de la souffleuse en chef. Viennent se greffer sur tout ça des sons étranges dispensés par quelques claviers, guitares, flûtes, sifflets et babioles en tous genres. Une musique profondément originale, intense, rêveuse, tribale, organique et captivante que vous pourrez nommer comme vous voulez, pour ma part j'appelle ça du jazz aborigène. Pour sûr, ça déménage loin Le Chat Qui Pêche jusqu'au bush des marsupiaux pochés !

The Tea Party : The Edges Of Twilight (1995)
Dire que ces Canadiens ont fumé du Zeppelin jusqu'au ras des poumons est une chose vraie, mais ne vouloir les réduire qu'à un clone est une chose fausse. Ici, le groupe est beaucoup moins ancré dans le blues que ne le fût leur aîné, le côté ethnique est nettement plus prononcé, et si le chanteur fait montre d'une voix puissante et efficace, rien à voir pourtant avec Robert Plant. Agencé à la perfection, l'album est un déluge de riffs puissants qui castagnent au service de mélodies splendides, assorti de morceaux plus courts, souvent instrumentaux, servant de respirations vitales faites de broderies acoustiques encordées sur le bois. Pour sûr, ça immerge loin le raffinement brutal jusqu'au fond des shiloms !

Korai Öröm : Korai Öröm (1996)
Entièrement instrumentale, la musique de ces Hongrois est assez unique en son genre. Des rythmiques rivées au sol qui s'émancipent en spirales entêtantes, des guitares en forme de lampions lumineux ou empilées façon mur de briques, une basse ventouse qui lèche le plancher, des percussions (notamment moult djembés) en transe tournoyante, un didgeridoo sauvage, des rires de hyènes, des voix de cosmonautes et hop ! voilà comment Koraï Öröm a inventé ce que l'on pourrait qualifier de psychédélisme tribal. Pour sûr, ça fait tourner haut les pagnes en plumes de paon en orbite autour de Chichon !

Cornelius : Fantasma (1997)
Derrière ce nom de grand chef singe se cache un petit nippon roi de la super glue. Sonbandeau 7 disque est un vrai collage éclaté alimenté par des samples en intraveineuse continue, des guitares noisy, des harmonies vocales à la Beach Boys, une batterie cataclysmique aussi claire que chazal (n'importe quoi), des rythmes endiablés façon trip-hop des déjantés, des mélodies surranées façon vive les sixties, bref, cet album est un vrai foutoir et c'est d'ailleurs ce qui le rend si jouissif. Pour sûr, ça radine loin le psyché jusqu'à la trogne des chimpanzés !

Mushroom : Hydrogen Jukebox (1998)
En écoutant cet album, George vous dira que ça lui rappelle le Miles Davis électrique. Mais lui coupant la parole, Gérard affirmera que ces gars ont dû beaucoup écouter Neu!. N'importe quoi dira Jeanine, ces mecs ont sniffé du Tortoise. Attends, ça groove comme du Sly Stone renchérira Bidule ! Oui mais alors dans tout ça, qui a tort et qui a raison ? Et bien en fait personne n'a tort, puisque tout le monde a raison, à moins que personne n'ait raison et que tout le monde ait tort. En tous cas une chose est sûre, ces types de San Francisco ont une énorme culture musicale qu'ils s'ingénient à transcender dans leur omelette et sonnent plus seventies que seventies tout en sonnant très actuels. Pour sûr, ça greffe bien loin les indécis aux racines du teppaz !

Air : The Virgin Suicides (2000)
Autant je n'aime pas les autres albums de ce groupe, autant j'aime beaucoup celui-ci. Pourquoi ? Parce que tout y est mélodieux, gracile, léger. Délicatement rythmé, comme le balancement des branches d'arbres sous un vent printanier, délicieusement romantique et puis alors, ces mellotrons ! Magnifiques ! En nappes ou en cavalcades, ils insufflent à ce disque un parfum rétro ad hoc dans ce contexte. Pour sûr, ça envoie loin le coton dans les récepteurs !

HiM : Our Point Of Departure (2000)
Avec d'anciens membres de June Of 44 ainsi que l'excellent Carlo Cennamo au saxophone, HiM propose une musique instrumentale où le jazz s'étale sur des grooves funky, le tout enrobé par quelques effets électro très soft, principalement utilisé pour des effets d'écho ou des boucles rythmiques. Une guitare dévoreuse vient remplir sa panse de temps à autres et une basse profonde, à l'image de celles rencontrées dans le dub finit par soutenir l'ensemble de ses infra vibrations. Réellement inventive et novatrice, la richesse de cette musique est également dûe en grande partie à l'immense feeling des musiciens et leur évidente interaction. Pour sûr, ça catapulte loin les pics à bigoudis en maîtres es-acupuncture !

I.E.M. : Arcadia Son (2001)
À la fois expérimental et fluide, ce disque propose une musique étrange et envoûtante, glissant lentement ses charmes discrets mais prégnants entre marteau et étrier. Geoff Leigh aux flûtes et saxo chicane ses solos en soufflés capricieux, de grandes nappes de claviers flottent en suspension dans le hasard, des mellotrons célestes tapissent la nuit de couleurs verdâtres, une guitare foudroyante éclate en giclées inattendues de fièvre délirante, quelques bongos nourrissent de mysticisme les parcelles qu'ils occupent, et de nombreux samples de voix trafiquées ou de bruits animaux apportent un semblant de vie échappée du réel à cet album qui s'il était sorti dans les années soixante-dix, se serait immédiatement inscrit comme nouvelle garniture aux folles choucroutes allemandes. Sauf qu'ici, le son est celui de 2001 et que les gars sont britanniques. Mais ça n'empêche, ça bouscule fort l'iconoclaste au cénacle des laborantins !

Shpongle : Tales Of The Inexpressible (2001)
Attention ! Voilà un disque de musique électronique ! Oui mais alors, cette électro là n'est pas à proprement parlé bâtie comme celle d'Ibiza. Ici, ça part dans tous les sens, c'est touffu et c'est prodigue. Sont même venus participer à ce disque, une chanteuse à la voix claire, un violoncelliste et un guitariste acoustique dont les cordes ibériques appellent à merveille des réponses trompettisantes donnant à ce disque un côté brésilien tellement doux que l'on sent les fragrances du café en l'écoutant. L'album est à ce point délirant qu'il transformera votre tête en frisbee tout au long de ses exubérances psychédéliques. Il faut dire qu'en la matière, on a affaire à connaisseurs puisqu'outre Simon Posford, ce duo compte aussi Raja Ram ayant sévi antérieurement chez Quintessence, fleuron psychédélique des seventies. Ici, il est nanti de toutes ses flûtes qui flottent sur le disque en volutes de fumée aux épices orientales. Pour sûr, ça mute direct David Guetta comme héros des vestiaires !

bandeau 8Ici Maintenants : Space And Time (2003)
Les membres de ce groupe ont mis un "s" à "maintenant" alors que c'est un adverbe et que c'est donc invariable. Pardonnez-leur cependant car ils sont anglais et n'ont donc visiblement pas atteint des cimes en matière d'orthographe française. Par contre, là où ils les atteignent (les cimes), c'est en matière de rock cosmique. Ces gars qui en fait sont l'incarnation pour la durée d'un concert de l'ancien Here & Now originel moins un, déblaient ici le terrain rempli de chutes météoriques pour faire place nette à un cosmos limpide et irréel où ils déploient des fastes de rythmes solides, parfois à légère consonnance reggae, sur lesquels s'épanchent des douches de synthés analogiques en forme de gros ballons et surtout les improvisations sans fin de l'incroyable Steffe Sharpstrings, phénix de ses hautes de la guitare stratosphérique. Ce gars expulse des ribambelles de sonorités spatiales en longues gerbes semblables à une éruption volcanique et catapulte le frisson de plaisir en direct sur vos épidermes en extase. Pour sûr, ça plonge direct le pavé de dinosaure entre deux tranches de kebab !

Oedipus : Oedipus (2003)
Comme une parcelle d'oxygène préservée de toute pollution, l'album d'Oedipus offre une pureté cristalline à travers le prisme de chansons charnelles. Une chanteuse à la voix suave et chargée d'émotion entonne des mélopées désabusées et faussement gaies, portée par quelques percussions joueuses, quelques cordes grattées en leur âme, ou par un accordéon pas du tout vulgaire qui pleure son spleen en diaprures mélancoliques. C'est à la fois apaisant et torturé, solide et bancal. Pour sûr, ça renvoie loin les soubrettes du balconnet distendu au statut de pom-pom girls !

Guru & Zero : Makoto Mango (2004)
Le long morceau qui compose ce disque est une cathédrale de psychédélisme taillée dans la nacre. Arpèges de guitares en boucle, myriades de sons synthétiques, évanescence de choeurs féminins mystiques et irréels, soupirs lascifs, sifflotements, voix trafiquées, mais pas de basse, pas de batterie, pas de percussions. Terriblement envoûtante, la musique ici se répand en vous comme le lierre grimpe aux murs. Perfide, régulière, elle enserre votre plexus solaire jusqu'à suffocation et finit par littéralement habiter la pièce dans laquelle elle est diffusée. Pour sûr, ça écoule loin les vapeurs d'éther jusqu'aux naseaux tympaniques !

Kraftwerk : Minimum-Maximum (2005)
La refonte complète des sommets du groupe pris sur le vif lors de sa tournée mondiale de 2004. L'électro de Kraftwerk n'est égale à aucune autre. Elle est robotique, machinique, technologique. À la fois clinique et féérique, irréelle et mélodique, rythmique et romantique, ennivrante et tectonique. Pour sûr, ça propage loin l'humanité jusqu'au coeur des lave-linge !

Acid Mothers Temple & The Cosmic Inferno : Starless And Bible Black Sabbath (2006)
La démence psyché noisy des japonais les plus productifs du moment s'étale sur cet album avec pour une fois une certaine mesure. La rythmique lourde et sourde maintient son flot hypnotiseur tout au long d'un morceau fleuve où le foldingue guitariste Kawabata Makoto éjacule des torrents d'électricité en un interminable discours catalyseur improvisé et génial. Pour sûr, ça défouraille loin le médiator dans les compteurs EDF !

Pharaoh Overlord : Live In Suomi Finland (2007)
Posez vos deux pieds sur la première marche, ce disque fait office d'escalator maousse en partance pour le gros bouillon universel dans les affres d'un cosmos rougeoyant. Invité exceptionnel, Hans-Joachim Irmler de Faust vient lancer de ses claviers, d'énormes scories rugueuses comme un disque de ponceuse, fait résonner les sonneries martiales de paquebots gigantesques ou effleure les touches en rondeurs satellites. Derrière, la rythmique vous hypnotise mieux que vingt-cinq charmeurs de serpents et les guitares rugissent comme des turbines à réacteur. Pour sûr, ça flanque drû le déboussolé au coeur du cataclysme !


 

Kaputter Hamster : Kaputter Hamster (1974)
Ce disque est placé en 101ème position et ce n'est pas un hasard. Le truc c'est que comme ça il ne fait pas partie des 100 tout en y figurant (et toc !). Il faut dire que cet album que personne ne connait est un petit trésor oublié du heavy prog allemand. La guitare se dépense sans compter en effluves vagabondes et les compositions tiennent la route encore mieux qu'une 2CV ! Le hic, c'est le chant un peu limite, genre je fais de mon mieux mais je débute alors soyez indulgents, et la production ratée qui donne à l'ensemble un son tout à la fois plat et trop criard. Mais si vous savez faire abstraction de ces défauts alors là, pour sûr, ça tétanise loin le cochon d'Inde au sommet des lampadaires !

 

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POLAR D'HIVER : le 27e numéro de L'Indic, le "noir magazine", est arrivé. Avec Tom Cooper, Alain Damasio, les Utopiales, les chros, et des tonnes de façon de se faire dessouder dans la neige. Sommaire ici.