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Home Littérature TONY DUVERT- L'abécédaire malveillant

TONY DUVERT- L'abécédaire malveillant

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duvert1Encore un dont le tiroir dans la commode à rangement littéraire n'est pas très enviable puisqu'il s'agit des écrivains pédophiles (d'où le choix du Caravage pour illustrer ce portrait, aucune photo de Tony Duvert n'étant disponible, nous verrons pourquoi) où, bizarrement, on n'y range pas les grands anciens (par exemple Gide mais tant d'autres) mais auquel ont droit, avec fermeture au cadenas de la censure, les écrivains encore vivants (on évoquera Matzneff, mais il y en a tant d'autres). Etrangement Frédéric Mitterrand a échappé au lynchage, mais n'ayant pas lu son livre, peut être y met-il les circonlocutions nécessaires pour amadouer les rombiers et les rombières du bien penser moderne.

Tony Duvert est un mystère. Devenu soudain célèbre avec Paysage de Fantaisie, prix Medicis en 1973, ce qui montre quel chemin on a fait vers l'obscurantisme, le livre serait probablement interdit aujourd'hui, il prend ensuite en pente douce le chemin du purgatoire accumulant les livres stigmatisant la pudibonderie occidentale dont la soit-disant collusion avec l'Islam est un leurre, les deux partageant parfaitement la même philosophie de promotion d'un corps en laisse, d'une sensualité embrigadée, de la répression des sens, l'une pour maintenir son emprise théocratique, l'autre plus hypocrite encore, pour maintenir la frustration vivace et faire passer ses ouailles à la caisse en lui agitant des stimuli sexuels codés sous le nez pour lui vendre des saloperies prohibitives dont l'usage l'éloigne de son corps, ce plaisir là étant ô scandale, gratuit. Grande réussite puisque l'occidental réclame depuis 1 siècle du pouvoir d'achat, pas du pouvoir de baiser. Le succès de Houellebecq, par ailleurs exécrable personnage mais qui est le seul à avoir proposé une séparation des classes sur leur pouvoir de baiser (qui va souvent il est vrai avec leur pouvoir de payer mais pas toujours, il y a des niches de postures qui attirent le mâle ou la femelle), montre bien qu'il y a un vague sentiment de mal-être qui commence à gagner le troupeau d'esclaves qu'ils ont fait de nous.

Revenons à Tony Duvert. Son combat culmina dans Le Guide du Bon Duvert2Sexe Illustré qui dès 1974 ruina son crédit récemment acquis auprès des abonnées des revues pour femmes modernes et moins modernes, grand réservoir de lectrices pour l'écrivain qui veut manger de sa plume (au moins du poulet), le livre étant un brûlot contre l'éducation sexuelle telle qu'elle est dispensée dans les guides de sexologie déversés dans l'esprit malléable des parents par les grands éditeurs. En tête de chaque chapitre, une photo, extraite de l'un de ces livres, d'un jeune garçon en érection (voir photo) qui acheva de figer Duvert dans sa case taxinomique de plus en plus honteuse. Je ne souhaite pas ici m'étendre sur ce goût pour les jeunes garçons (disons en période pré-pubertaire) de Tony Duvert, goût qui m'échappe absolument. Il en précisa les termes dans plusieurs autres ouvrages et même dans la presse avec un avertissement sans appel dès la page d'accueil du site, ceci pour un interview publié dans Libération, on voit l'évolution (http://www.bafweb.com/Lib/19790411.jpg.

Si Tony Duvert est un tel mystère, c'est que son existence même est parfois mise en doute. Ainsi, après une quinzaine d'années à accumuler les livres (dont L'île Atlantique récemment adaptée pour la télévision, si si, par Gérard Mordillat) et au terme de son Abécédaire malveillant (qui est la raison principale pour laquelle j'ai entrepris ce portrait) publié en 1989, il ne donna plus aucune signe de vie. Une rumeur (que j'ai découverte récemment) circule même que Duvert et Renaud Camus seraient la même personne (comme Ajar et Gary). Plusieurs éléments paraissent étayer cette hypothèse mais rien de bien convaincant. N'ayant jamais vraiment creusé le cas Renaud Camus, quelques unes des réflexions qu'on trouve dans son journal m'ayant fait fuir, je n'ai pas d'avis sur la question sauf que cette assertion est absolument repoussée par l'intéressé (Camus car Duvert comme je l'ai dit, est introuvable) et par beaucoup de ses exégètes (Duvert s'en étant d'ailleurs pris à Camus dans les années 80, sans que cela ne signifie quoi que ce soit, la supercherie y gagnerait au contraire en crédit).

Comme je l'écrivais à propos de Jean Clair, le fragment, même arrangé artificiellement en dictionnaire ou, comme ici, en abécédaire, est largement mon genre fétiche. Et si je me fixais comme mission, de n'en parler que d'un seul, je choisirais celui-ci, et pourtant Léon (chacun son dieu) sait combien j'en ai lu, et de magnifiques. Mais Tony Duvert réussit là celui qui échappe à tous les défauts du genre, genre apparemment facile (vous pensez, pas d'histoire, pas de personnage si ce n'est vous et ceux que vous voulez bien faire apparaître pour le temps qu'il vous duvert3plaît, pas de chute si ce n'est la votre que le livre tente de retarder) mais qui est hautement miné. Combien sont ceux dans lesquels les opinions (qu'on séparera, selon la définition de Deleuze, des idées) abondent, les jugements tombent comme la grêle, les propos péremptoires comme les sentences d'un procureur, dans lesquels les attaques sont basses et mesquines, où percent la vanité et la suffisance de l'auteur, même couvertes d'apparente modestie. Au contraire, beaucoup pataugent dans le lénifiant, le geignement aphone, et où l'on croirait lire entre chaque ligne "aimez-moi, aimez-moi, je suis un brave gars au fond" et à qui on a envie de répondre "on s'en fout mon gars, écris bien et des choses intéressantes, c'est pour ça qu'on passe quelques minutes de notre foutue vie à te lire". Et puis le cynisme gangrène trop souvent le genre et ça, c'est le défaut rédhibitoire par excellence à mes yeux.

Malgré ce catalogue des pièges les plus courants, beaucoup restent, nonobstant leurs dérapages dans l'un ou l'autre (voir récemment Jean Clair), des livres qui nous accompagnent (même Pavese qui pourtant met souvent les nerfs en boules). Mais seul Tony Duvert me fait à chaque fois (j'en suis au moins à sa dixième lecture depuis sa parution) cet effet roboratif, me donne cette envie de ne pas laisser tomber, d'en découdre, de les faire chier jusqu'au bout, dans la maigre mesure de mes possibilités. Ce livre a eu sur moi une influence déterminante. Il m'a remis à l'œuvre (enfin, au boulot, parce que pour l'oeuvre, c'est raté), m'a redonné espoir que le fragmentaire, quand il n'était ni exclusivement aphoristique (comme La Bruyère, Chamfort, La Rochefoucault), philosophique (comme Nietzsche, Leopardi, Pascal) ou intime (comme Pessoa, Perros), pouvait atteindre à un statut de grand livre. Depuis découvrir Landolfi ou Baudrillard (jusqu'à Jean Clair) n'a fait que confirmer cet espoir. Agencé en faux abécédaire (les enfants sont traités à Zoophilie, histoire de montrer la considération que l'on a pour eux), il est une source de rancœur à laquelle il fait bon boire. Mais j'ai été assez long comme ça.

Trois morceaux préférés (MP3) pour que vous sachiez si c'eDuvert4st votre truc

IGNORANCE. Douter est atroce, savoir est affreux. La seule voie du repos : ignorer. Chacun s'y exerce avec rage.

UTOPIE. A mesure que la vie m'enlaidit, je travaille à l'embellir. D'ici vingt ans elle me fera bon visage. J'aurai préparé mille joies pour ce cerveau patient, croûté d'une gueule de vieux qu'on n'embrassera plus.

ZOOPHILIE. Tous les enfants sont des hommes. Peu d'adultes le restent.

Et pour ceux qui sont restés jusqu'au bout, celui-ci que j'aurais rêvé écrire.

W.C. On retrouve intactes, chez les philosophes fonctionnaires d'université, de lycée, la morgue et la bassesse vicieuse du petit clergé des siècles catholiques. Prêcheurs faméliques et fessés hier : mais aujourd'hui doctes ou docteurs en tout, historiens, sociologues, psychologues, économistes, psychanalystes, cinéastes, télévoyeurs, télébaveurs, théologiens, rockers, chorégraphes, informatheux, éthologues, ethnologues, anthropologues, publicitaires et pédagogues, les philosophes, et payés ! Quelle ascension ! Et quelles soutanes cousues de fil blanc ! L'église perd ses petits par tous les trous. Mais c'est la même famille au long du temps - la même engeance infecte, immonde, infime, des rats qui mangent à l'égoût du Pouvoir. Vieux fœtus prostatiques, coqs déplumés, empressés, vaches météorisées, mégères suantes, godiches utérocrates, empoisonneuses niquedouille, mamans, violeurs d'élèves, ratés humides, infatués secs, boules de graisse et de pus, coprolithes indéchiffrables, curés sifflants, coupants, bonshommes, voleurs de pauvres, ô philosophes, comment vous chier dessus pour vous rendre ce que l'humanité vous doit !

Mis à jour ( Mercredi, 06 Août 2008 15:51 )  

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