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Home Peinture Pierre Bonnard - Exposition

Pierre Bonnard - Exposition

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B1Il y a toujours eu dans le physique de Pierre Bonnard un quelque chose de Fernando Pessoa, cette silhouette maigre de vautour déplumé, son port légèrement voûté, ses petits lorgnons, son air de fouine, et puis aussi son art, un art discret, humble, presque amateur tant il est vrai qu'il aurait très bien pu produire la même œuvre sans jamais la rendre publique, détachée qu'elle est de toute volonté de convaincre, de choquer, de participer à la grande histoire.

Mais Bonnard est un Pessoa qui aurait rencontré sa muse, Marthe, et voilà qui changea le cours de sa vie artistique. Quand le poète portugais produit l'écriture ultime de la solitude d'un corps, le peintre français produit la peinture ultime de la contemplation obsessionnel du corps aimé. L'un est dans la frustration du non-être, parvenant tout de même à une sorte de jouissance de cet infini néant, l'autre est dans l'épanouissement de l'autre être, dans laquelle la jouissance est pourtant étonnamment absente.

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Car dans cette exposition, dans laquelle on retrouve hélas l'habituelle vacuité ampoulée des textes supposés éclairer le chaland, ne jaillit que rarement un trouble érotique (terme fadasse mais quel autre utiliser ?), si ce n'est dans ces quelques tableaux de jeunesse, notamment l'Indolente, peut être le seul tableau que je connaisse qui réellement me paraît pouvoir faire bander le spectateur et lui donner envie de pénétrer dans la toile, et encore, pas seulement elle.

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 Les années suivantes, le regard semble de plus en plus préoccupé par la technique picturale (représentation des postures, de la carnation, des rapports entre lumières et matières) que par le corps de sa maîtresse (puis femme, mais beaucoup plus tard). Thanatos imbibait l'Eros d'Egon Schiele, ni l'un ni l'autre ne semblent intéresser Bonnard.

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Plus encore que Degas, qui cache mal son voyeurisme libidineux, Bonnard tient son modèle dans un rôle d'objet de travail non de désir. Degas qui est souvent étonnamment présent dans les toiles où Marthe est représentée accroupie ou penchée dans son son tub, ici se lavant, là s'essuyant (et pendant que j'écris cela, la voisine d'en face fait sa toilette la fenêtre ouverte…on croit rêver). A noter que Bonnard travaillait toujours d'après photos.

Reste donc la seule peinture, et parfois, il est difficile d'y trouver son compte, surtout dans ses fresques allégoriques (qu'il abandonna heureusement bien vite) où il se prend pour un disciple de Puvis de Chavannes mais se couvre plutôt de ridicule. 

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Le plus fascinant chez Bonnard, est à mon sens dans ces innombrables paysages intérieurs, notamment ceux où une nappe semble envahir l'espace (la nappe, l'antithèse de la rupture, de l'escarpement) et reléguer les personnages (Marthe et un chat, Marthe et un chien) dans un rôle figuratif, comme une sorte de vision prémonitoire de ces images commerciales où il s'agirait de vendre une nappe et où l'humain servirait uniquement de caution fonctionnelle.

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La plus incroyable est "Le jardin" où il n'a même pas trouvé utile de donner au visage de Marthe une autre couleur que celle du mur devant lequel elle se tient. Toile tardive, doit-on y voir une allégorie sur le temps qui rend nos proches transparents, qui en font de simples éléments immobiles du mobilier.

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Enfin, impossible de parler de Pierre Bonnard sans évoquer ses sublimes auto-portraits. Presque dignes de ceux de Rembrandt et de Léon Spilliaert (même si ces derniers conservent ma préférence), ils témoignent d'une lucidité implacable sur l'irrémédiable clown usé que fait de nous le temps. Il épargna à Marthe toute représentation de son vieillissement, la voyant éternellement belle comme il va de soi quand on aime.

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Pour finir, et sans vouloir tout ramener à Lyzane Potvin (quoique), on notera comme certains rouges, comme certaines textures, sont proches de celles de notre Québecoise préférée.

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L'exposition se termine bientôt.

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Elle a lieu au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris.

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Les tarifs sont aussi prohibitifs que partout et les gardiens sont plus désagréables et malpolis qu'ailleurs.

 

 

Mis à jour ( Vendredi, 11 Août 2006 00:30 )  

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